État de la morale

 

Prêchi-prêcha 

Nos contemporains ont fui les églises pour échapper aux leçons de morale déversées du haut des chaires par des clercs sans conviction. Vive la liberté !

   Nous croyions nous être débarrassés de la morale, et voilà que nous sombrons sous des tombereaux de messages postés par des redresseurs de torts, pour un oui pour un non, dès qu’un événement est jugé « scandaleux ». Et ce ne sont pas des préceptes moraux dont on nous inonde, ce sont des insultes, des vulgarités, des invectives violentes, éjaculées sans retenue par des anonymes qui viennent nous dire ce que nous devons penser !

   Et la morale dans tout cela ? Il n’y en a plus. Elle a disparu en même temps que les sermons d’église. Quelles sont les valeurs dorénavant ? Quelles sont les références ? Aucune, il n’y a que l’image qui compte. Vous avez une mauvaise image, cela signifie que vous déplaisez au plus grand nombre. Mais si vous êtes un escroc, un rappeur provocateur ou un ex-président condamné par la Justice, votre aura est grande, vous êtes populaire. Corrélativement à cela, les « victimes » se font bruyamment connaître.  Vous sentez-vous injustement traité, aurait-on attenté à un quelconque des droits sacrés de votre petit Moi-je, vous pouvez agonir d’injures tout persécuteur présumé à portée de tweet.

   En l’absence de code collectivement reconnu et accepté, chacun s’en remet à ce qui lui tient lieu de conscience, mais comme il n’a pas de « conscience morale », il ne lui reste que son réflexe mimétique : la riposte, c’est-à-dire la vengeance verbale. Aussi réagit-il comme un mouton et ajoute-t-il des likes ou dislikes à volonté à la masse déjà grande des jugements sommaires. Condamner son prochain, sur les réseaux sociaux, est un jeu dont le score est affiché en temps réel. En somme, toute « indignation » collective est un lynchage qui ne dit pas son nom. C’est un lynchage virtuel, avec des pierres fictives, mais elles font mal tout de même. Et la jouissance des lyncheurs est à proportion du mal qu’ils savent qu’ils commettent.

   Faute d’une morale transcendante, qui serait au-dessus d’eux la Loi ou Dieu , les individus fautifs sont impuissants puisque leur conscience médiatisée est vide.

   La vindicte populaire est une machine à faire des victimes. Le mécanisme est bien huilé, et parfaitement orchestré par nos médias. La rumeur a toujours été mauvaise. Les médias lui offrent une chambre d’écho qui la transforme en vacarme.

 

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