Inspiration
L’école des artistes
Quand on a
demandé à Orson Welles, au moment du tournage de Citizen Kane, comment,
à vingt-cinq ans, il possédait une telle maîtrise du 7ème art, il a
répondu que c’était John Ford qui lui avait tout enseigné. Il avait, en effet,
visionné La Chevauchée fantastique 42 fois, il en connaissait chaque
plan, et surtout il avait compris qu’il ne fallait jamais viser le réalisme.
Quand une flèche d’un Indien part d’un côté et arrive n’importe où pour
dégommer le cow-boy en plein galop, il n’y a aucune logique, mais il suffit que
le spectateur y croie. La cohérence n’a rien à voir avec le rendu.
Encore faut-il que l’imitation ne ressemble
pas au modèle. Sinon, c’est un plagiat. Comme l’a expliqué Jean Cocteau à
propos de Raymond Radiguet : « Il a planté son chevalet devant La
Princesse de Clèves et il a peint Le Bal du Comte d’Orgel. »
J’ai moi aussi cherché à connaître qui était le W.H. des Sonnets, le « modèle » qui a inspiré mon Barde. Je crois que je sais qui il était. Et en même temps, peu importe. Shakespeare ne le décrit jamais. Sonnet 83 :
Dresser
votre portrait me paraît inutile ;
Aussi
n’ai-je jamais dépeint votre beauté.
Je
savais, ou j’avais compris, que votre cote
Est
de loin supérieure à l’offre d’un poète.
Il suffit de savoir, pour moi lecteur, qu’il
incarnait la perfection pour le poète. Après cela, on croit Shakespeare sur
parole et on le suit jusqu’au bout. Cette figure, comme floutée, de W.H. est
géniale. Il était idéal pour le poète transi, il devient toute figure idéale
pour chaque lecteur et l’œuvre est pérennisée à jamais !
Ce qui laisse à penser que Shakespeare
destinait bien ses Sonnets à la publication. Ou au moins qu’il a
toujours pensé à une publication tandis qu’il se confiait à ses poèmes intimes.

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