Notes de lecture
Le fantôme de Shakespeare
Philippe Forest* fait de Shakespeare un sot,
une girouette, un incrédule, un perpétuel hésitant. Comment peut-on exalter un
talent aussi inconstant ? Au mieux, ce serait un habile faiseur ─ s’est-il
complu à ce petit jeu pendant vingt ans ? ─, au pire un imposteur.
Confondant les personnages exaltés et perdus par leurs désirs avec leur auteur,
Philippe Forest accable ce pauvre William de tous les défauts. « Comme à
son habitude, chez Shakespeare : tout et le contraire de tout »,
dit-il. Mais ne serait-ce pas plutôt l’inverse ?
Prétendant ne pas interpréter Shakespeare mais le suivre à la
lettre, il tombe dans le piège du discours indirect qu’il prend pour un
discours direct et imagine que ce que disent ses personnages sont les
« opinions » de leur auteur. Erreur de débutant. Il proteste qu’il
n’est pas le seul à se tromper ainsi sur Shakespeare. La belle excuse !
Le piège est pourtant facilement « décryptable », me semble-t-il. Quand Bénédict dit, à la fin de Beaucoup de bruit pour rien ‘Man is a giddy thing’, « L’homme n’est qu’un écervelé », il n’exprime pas « l’opinion » de Shakespeare (Shakespeare ne donne jamais son opinion, il se contente de solliciter la nôtre). Il montre simplement que lui, Bénédict, n’a rien compris à ce qui s’est passé sous ses yeux ─ tandis que nous, spectateurs, nous avons tout compris grâce à tous les indices que le dramaturge nous a donnés. L’habileté de Shakespeare est fantastique et sa discrétion est totale. Il en « oubliait » même parfois de signer ses pièces… De là à avancer qu’il s’agit d’un personnage transparent !
* Shakespeare, Flammarion, 2025.

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