Invention d’un mythe

 

 

Jack Llewelyn-Davies, « modèle » de Peter Pan, photographié par J.M. Barrie.  

Peter Pan, un mythe comme aucun autre 

La Pléiade fait les honneurs d’une édition détaillée de l’œuvre de J. M. Barrie, sous la supervision de Philippe Forrest. Né au début du XXe siècle, ce mythe fascine toujours autant. Notre époque « ne sait pas » créer des mythes. Elle ne sait plus. Quelle innocence a-t-on perdue qui l’empêche ? Depuis Tarzan, mythe ridicule du surhomme et « grand singe » blanc, inventé en 1912, on ne trouve rien en matière de création proprement mythique. Les superhéros de Marvel et autre fantasy ne sortent de leurs comics que pour s’étaler en comics géants sur des écrans géants. Rien à voir avec des mythes. Même Tolkien, avec toute son imagination, n’a pas conçu de personnages qui ressemblent à des mythes. Qui peut s’identifier à un Hobbit, comme on s’identifie à Apollon, à Narcisse ou à Antigone ?

   Le héros mythique est un symbole, c’est un « modèle ». De quoi Peter Pan est-il la représentation ? Celle de l’éternelle jeunesse. Pas celle qu’offrent les cosmétiques et autres plasturgies, pas celles des selfies truqués et des influenceurs virtuels. Il porte la revendication d’une opposition à l’adulte, celui que le Petit Prince accuse de tout confondre et de ne rien comprendre. Peter Pan et le Petit Prince ont beaucoup en commun.

   On pourrait dire que Peter Pan est un mythe inversé : il s’oppose à l’image de l’adulte autonome et sûr de soi. Pour parvenir à cette vanité, qu’on appelle « la maturité », il faut « tuer l’enfant en soi ». « Et tu seras un homme, mon fils. » L’état d’adulte est une rupture d’avec l’enfance. Elle doit s’opérer plus ou moins douloureusement à l’adolescence. C’est contre cette rupture que Peter Pan s’élève. Et il arrête les pendules sur le « Royaume d’enfance » avant qu’il ne soit trop tard.

   J’ai découvert Peter Pan, celui de Walt Disney, à l’âge de huit ans, et je me souviens parfaitement de m’être juré de ne jamais vieillir. Peter Pan est le premier livre que j’ai lu. Je le lisais à haute voix à ma sœur… Comment fait-on, dans un corps douloureux de 80 ans, pour coexister avec ce petit bonhomme qui s’agite toujours à l’intérieur ?

                                                                       


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