Shakespeare
Un mauvais sonnet
Le sonnet lu par Longueville dans Peines d’amour perdues (IV, 3, 57-70) est de pure forme. Le sonnet était à la mode au début des années 1590. Shakespeare se soumet donc à la mode… Celui-ci est on ne peut plus conventionnel :
Did not the heavenly rhetoric of thine eye,
’Gainst whom the world cannot hold argument,
Persuade my heart to this false perjury ?
Vows for thee broke deserve not punishment.
A woman I forswore, but I will prove,
Thou being a goddess, I forswore not thee :
My vow was earthly, thou a heavenly love ;
Thy grace, being gain’d, cures all disgrace in me.
Vows are but breath, and breath a vapor is.
Then thou, fair sun, which on my earth dost shine,
Exhal’st this vapor-vow; in thee it is ;
If broken, then, it is no fault of mine,
If by me broke. What fool is not so wise,
To lose an oath, to win a paradise?
N’est-ce pas la rhétorique
divine de tes yeux,
À laquelle le monde ne peut
opposer aucun argument,
Qui pousse mon cœur à ce faux
parjure ?
Un vœu rompu à cause de toi
ne mérite pas de châtiment.
J’ai trahi une femme, mais je
te prouverai,
Ô toi, véritable déesse, que
je ne t’ai pas trahie.
Mon vœu était terrestre, toi
tu es un amour céleste ;
Ta grâce, si je l’obtiens, me
guérit de toute disgrâce.
Les serments sont un souffle,
le souffle est une vapeur.
Et toi, beau soleil qui
illumine ma terre,
Tu exhales ce vœu limpide
comme l’air. Il t’appartient.
S’il est rompu, ce ne sera
pas ma faute,
Même rompu par moi. Quel
insensé ne sait pas
Qu’un paradis vaut bien un
serment brisé ?

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