Aime ton prochain…

 

 

… comme toi-même

 

Il y a une ambiguïté grave dans l’expression « Aime ton prochain comme toi-même ». Beaucoup la comprennent comme « aime ton prochain autant que toi-même ». Il s’agirait donc de commencer par s’aimer soi-même. Il n’y a pas d’oxymore plus vicieux. Je vois mal comment Jésus aurait pu énoncer une telle sottise.

   Pascal a parfaitement compris : « Le moi est haïssable ». Il désignait par là l’ego forcené, l’égoïsme aveugle, il dénonçait toutes les « vertus » du petit moi autonome moderne. Il a dit aussi : « Tous les hommes se haïssent naturellement l’un l’autre ». Et en se haïssant mutuellement, en fait, ils adorent leur Moi sacré !

   La formule « Aime ton prochain comme toi-même » ne signifie donc pas « autant que toi-même » mais « en tant que toi-même ». L’autre, c’est toi. ‘T’is thee myself’, traduit Shakespeare avec une économie absolue de mots : moi-même c’est toi. Ce que Françoise Dolto exprimait joliment en disant : « l’âme que nous ‘‘avons’’ est dans l’autre ». Et c’est en reconnaissant l’autre qu’on se connaît soi-même. Formidable révolution chrétienne. Inversion du mimétisme. Il n’est pas question de transposer notre monstre sacré d’ego dans l’autre, mais au contraire de nous ouvrir à l’autre pour qu’il vienne à nous sans résistance. Il y a en moi assez de place pour deux.

   Mais la traduction française des Évangiles a tout embrouillé. Les Anglais rapportent les paroles de Jésus en disant : ‘You shall love your neighbour as yourself’. As et non pas like. Il n’y a pas d’ambiguïté. Aime ton prochain parce qu’il est une part de toi-même.

   Quel est le péché le plus grave ? La non-reconnaissance de soi dans l’autre. Le xénophobe, le ségrégationniste, le raciste sont des gens mutilés, à moitié finis, en souffrance comme des amputés.

 

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