Qui parle ?
La môme néant Jean Tardieu (1903-1995)
Quoi qu’a dit?
— A dit rin.
Quoi qu’a fait?
— A fait rin.
À quoi qu’a pense?
— A pense à rin.
Pourquoi qu’a dit rin?
Pourquoi qu’a fait rin?
Pourquoi qu’a pense à rin?
— A’ xiste pas.
Ce poème de Jean Tardieu me fait irrésistiblement penser à l’I.A. Tant
il est vrai que ladite Intelligence, très artificielle, a pense à rin !
Et elle ne peut pas penser parce que derrière, il n’y a personne.
Il n’y a qu’un salmigondis de bribes de phrases collectées par milliards (y
compris les miennes), compressées, et resservies dans un plat unique, un peu
comme un hamburger dont le contenu est « d’origines diverses »
« non-garanties ».
Une pensée, par définition, c’est une personne. Et elle
est une personne, parce qu’elle est une parole. Et parce qu’elle
est une parole, elle est une rencontre. Sinon, c’est une
croyance, ou une idéologie, ou un mythe (désolé pour la redondance), c’est un
code où tout est pré-pensé, présupposé, l’équivalent d’un préjugé. L’I.A. est
un hamburger dont on n’a pas retiré l’emballage. Vous devez manger la
cellophane avec ! L’I.A. est
tellement fausse qu’on se demande si elle n’a pas été « conçue » exprès
pour le mensonge, l’infox, et autre fumisterie. Et ils appellent ça la
« post-vérité ». Quel culot !
En rédigeant cet article, mon correcteur automatique d’orthographe (eh
oui, je me sers d’un correcteur automatique d’orthographe) s’est mis à
bouillir…
Ce qui est réjouissant dans tout cela, c’est de se dire que le poème de
Tardieu n’aurait jamais pu être rédigé par un quelconque langage
conversationnel.

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