Archaïsme
Pourquoi avons-nous besoin de superhéros ?
Nous n’avons plus de héros. Qui peut relire
sans sourire les tragédies de Corneille ? « Mon bras qu’avec
respect toute l’Espagne admire / Mon bras qui tant de fois a sauvé cet
empire ! » Pour les plus jeunes, cela est complètement
incompréhensible.
Les
derniers héros que nous avons eus sont ceux de la guerre de 14-18. Mais les
quelques-uns qui sont revenus nous ont dit que ce n’était qu’une boucherie où
les corps des Français, des Allemands, des Anglais finissaient par se confondre
dans la boue. Les Monuments aux Morts que nous avons érigés en leur mémoire sont
tristes. La gloire n’accompagne pas les poilus dans leur pèlerinage éternel.
Par
un effet compensatoire et de pure inflation ─ signe que le mythe ne fonctionne
plus ─, on nous offre aujourd’hui des superhéros plus monstrueux les uns que
les autres : des robots féroces, des titans, des colosses à la force
extraterrestre et à l’intelligence mince. Ce sont des figures inspirées des
mythes les plus archaïques. Et ce « retour vers le futur » se prétend
« d’anticipation ». La ficelle est grosse mais elle se vend bien.
Cette fiction est une manière non culpabilisante de promouvoir la violence :
« Que la Force soit avec toi ! ». Remplacez Terminator
par Poutine et Captain America par Trump et les séries deviennent moins
drôles.
Dans
tous les cas, nous en revenons toujours à cette bonne vieille recette du combat
du Bien contre le Mal (sans trop savoir où est le Bien et où est le Mal). Mais
nous savons désormais que les dés sont pipés. La lutte du Bien et du Mal n’est
qu’un combat de doubles, le Mal singeant le Bien, avec les mêmes armes que lui,
comme Satan singe Dieu. Au moins saint Georges terrassant le Dragon, cela avait
une autre allure. Le recyclage des vieux mythes s’use. Le fait de tourner en
rond, même si c’est dans un cercle de feu, ne lasse-t-il personne ?
Pourquoi avons-nous besoin de superhéros ? Pour combler le vide
sidéral de notre conscience en jachère.

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