Petite leçon d’anthropologie
Ceci n’est pas une apologie du christianisme
Le christianisme n’est pas une
religion. Malgré l’institution « solennelle » de l’Église ─ « tu es
Pierre et sur cette pierre... » (Matthieu 16, 18) ─, on serait
bien en peine de trouver un dogme, un commandement, un interdit, un rituel, une
ébauche de liturgie, un anathème, une menace de châtiment, dans les
propos de Jésus, qui serviraient de fondement à un culte. D’ailleurs, Jésus
lui-même n’a jamais attendu un culte envers sa personne. Ses dernières paroles
furent : « M’aimez-vous ? » Les premiers chrétiens sont
partis de rien. Il leur a bien fallu, avec si peu d’instructions, s’organiser
en communauté (le mot église veut dire assemblée). Et c’est à
partir de rien, ou presque rien, que se sont construit les Canons d’une « religion »
qui a connu une certaine prospérité.
En s’affaiblissant, comme aujourd’hui, ce sont surtout le superflu et
l’imaginaire qui cèdent la place : la masse de commentaires qui a fini par
passer pour le message lui-même. Les églises sont vides, mais quelle foi s’y
exprimait auparavant ? Les Évangéliques recrutent à tour de bras, mais en
fabriquant du sacrifice, à la manière des premiers néophytes. S’appuyant sur
des textes où le sacrifice n’est pas demandé (Osée 6, 6), leur message passera
comme le reste. Les catholiques conservateurs rêvent d’un retour à une
bigoterie où la morale est simple et souvent méchante. Ils rêvent d’ordre. Ils
recrutent du côté de l’extrême droite : ils font de leur religion une
idéologie. C’est une aberration.
Faute de directives, où allons-nous ? À l’essentiel. Et c’est cela
qui est difficile.
Si le christianisme n’est pas une religion, qu’est-ce alors ? C’est
une anthropologie, comme Simone Weil et René Girard l’ont si bien vu.
C’est une science de l’homme, ou mieux encore, c’est un discours qui donne un
sens à notre nature d’hommes. C’est pourquoi, le message est parfaitement
universel. Le christianisme contient sa propre critique. Le premier
« déconstructeur » des religions (au pluriel), c’est Jésus.
Ceux qui se disent antichrétiens, ou agnostiques, ou athées militants,
sont concernés autant que les croyants. C’est dérangeant (pour eux) mais c’est
ainsi. On ne peut pas faire l’impasse sur le message de Jésus, pas plus qu’on
peut se dispenser de penser… Passer par pertes et profits cette
anthropologie-là, c’est comme se renier, se couper de ses racines et dessécher
sur place.
Cette vérité est dure à encaisser. Dire « Les méchants seront
confondus » (Psaume 35, 26) est la même
chose que révéler l’imposture des violents à tous les âges, sur toute la
planète, et aujourd’hui. La révélation est incontournable. En allant contre
cette évidence, les incroyants, les incrédules, ou les athées sincères, font la
même chose que ceux qui ont inventé une religion (à côté du christianisme) pour
ne pas voir le message authentique de Jésus. La contradiction est incroyable (sic),
mais elle est fatale.
J’avance avec timidité ces propos, car je vais aussitôt être accusé d’être
un fanatique, un illuminé. Alors, je garde ces paroles pour moi. Mettons que je
n’ai rien dit.
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