Théorie mimétique

Le désir et la mort 

La conclusion de Mensonge romantique et vérité romanesque de René Girard commence par ces mots : « La vérité du désir est la mort mais la mort n’est pas la vérité de l’œuvre romanesque ». Shakespeare ne dit pas autre chose dans l’un de ses derniers sonnets : « Misérable, j’avoue : Le désir c’est la mort, la chose est sans remède » (sonnet 147). Et il semble ne pas conclure. Personne ne meurt dans les Sonnets. Est-ce une étrangeté ? Une erreur de la part du poète ? Il faut admettre que la « conclusion » des Sonnets n’est pas tout à fait « romanesque ». Elle aurait pu l’être. W.H. est excusé, mais pas complètement pardonné (sonnet 126). Quant à la Dame sombre, elle est violemment rejetée (sonnet 147, justement). Shakespeare a gagné en conscience (sonnet 151), mais l’œuvre poétique semble comme inachevée. C’est sans doute parce qu’il ne s’agit pas d’une œuvre de fiction. Il n’y a pas de conclusion « construite », pas d’épilogue aux Sonnets. Ce qui me convainc, si c’était nécessaire, qu’ils sont bien autre chose qu’une œuvre imaginaire.

   La conclusion « romanesque » des Sonnets, on la trouve dans les dernières pièces de Shakespeare, les comédies traitées de « romances », où les personnages se pardonnent mutuellement et se réconcilient : Un Conte d’hiver, Cymbeline, La Tempête. Dix ans après la rédaction des Sonnets, Shakespeare avait enfin fait sa « conversion romanesque », comme l’appelle Girard, et elle ressemblait à une conversion tout court.

   Quand j’ai transposé les Sonnets en roman ─ Récit d’une passion ─, il me fallait conclure, et j’ai conclu de la manière la plus romanesque qui soit, en termes girardiens, par une réconciliation entre le père et le fils. Comme dans les Sonnets, je n’ai pas pu associer la Dame sombre à cette réconciliation. Tous sont appelés, mais tous ne sont pas élus.

 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

La violence instituée

Éducation

La violence et le sacré