Valeurs perdues
C’est quoi la tendresse ?
Frédéric Strauss, dans sa critique de Marty
Supreme, film de Josh Safdie, (Télérama n° 3971) avance : « Une
tendresse à toute épreuve baigne ce film généreux, qui entoure d’un soin
particulier tous les seconds rôles ». Avons-nous la même notion de la
tendresse ?
Marty est un personnage exécrable, un petit arriviste minable qui est
prêt à tout pour « réussir », c’est-à-dire accumuler de l’argent. Il
n’a pas une once d’empathie pour les gens qu’il exploite. Il est entouré d’une clique
de petits Américains pas plus brillants que lui. Et ça vocifère, et ça s’agite,
et ça triche, et ça se méprise… Le petit arriviste ne joue que pour gagner (de
l’argent). On ne voit même pas comment il s’entraîne. Une mise en perspective
du « héros » aurait donné de la consistance au bonhomme : The
Making of a Champion. Non, le réalisateur ne compte que sur le physique
irrésistible de son acteur. Il aurait dû choisir Tom Cruise…
Le
film est insupportable à voir. Pas un plan qui dépasse quatre secondes. Des
gros plans exclusivement. Rien n’est plus paresseux que de filmer des gros
plans : vous n’avez rien à mettre en scène.
Y
aurait-il eu un peu d’humour juif newyorkais, un second degré, le film aurait
peut-être été sauvé. Même pas. La scène de la baignoire qui s’effondre est
affligeante.
Quant à la « vedette », pauvre Timothé Chalamet ! C’est un
acteur qui a sûrement du talent, mais là, il ne manifeste jamais que la colère
et l’énervement crispé. Où est la nuance de « tendresse » qui aurait
humanisé le personnage ? Il n’y en a pas. Pour devenir un mensch,
il faut un peu plus d’envergure.

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