Mes identités

 

 

Photo de classe, 1973

Diaspora 

Rien n’est aussi douloureux que l’exil. Les émigrés ne quittent pas leur terre natale, leur famille, les chauds souvenirs de leur enfance, d’un cœur léger. On ne change pas ses racines, on les ressent toujours, longtemps après qu’elles ont été arrachées. La douleur est alors comme un membre fantôme.

   Je ressens presque la même chose vis-à-vis du Sénégal où je n’ai vécu que quatre années certes très pleines ─, et où j’ai laissé beaucoup d’amis certes très fidèles ! Mais ma petite racine de baobab mal plantée, et trop tôt arrachée, est toujours sensible. L’attachement sentimental peut être comme une deuxième naissance et ouvrir sur une nouvelle identité. En fait, je suis un « enfant adoptif ». J’ai été adopté par le Sénégal, c’est-à-dire par des êtres chaleureux qui m’ont accueilli, choyé, reconnu, et qui continuent de le faire. Ils m’ont « apprivoisé », dirait Saint-Ex.

   La mémoire émotionnelle ne s’efface jamais. Sans jamais remonter à sa source, on baigne pour toujours dans cette eau lustrale, la première, celle du baptême. J’ai juste eu la chance d’être baptisé deux fois.

 

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