Shakespeare
Roméo et Juliette
mimétiques
Il est convenu de penser que l’histoire de Roméo
et Juliette est le prototype du coup de foudre, ‘love at first sight’. La
scène du bal nous les montre se découvrant par hasard, et en un instant, en
venir à s’embrasser. La rencontre se situe à l’acte I, scène 5. On veut croire
que le désir des jeunes amants est pur, absolument pur. Pourtant auparavant,
Juliette a été bien « chauffée » par la nourrice avec ses allusions
grivoises (scène 3) et l’on sait que Roméo se meurt d’amour pour une certaine
Rosalinde : Juliette n’est pas son « premier amour ». Juste
avant le bal, Mercutio excite Roméo avec le « rêve de la reine Mab ».
Mais la « révélation » est vite camouflée sous un manteau de
méconnaissance (I, 3, 96- 98) :
Which are the
children of an idle brain,
Begot of nothing but
vain fantasty.
MERCUTIO. – C’est vrai, je parle de rêves,
Qui sont les enfants d’un cerveau désœuvré,
Engendrés par rien d’autre qu’une vaine imagination.
Les
« amorces mimétiques » au coup de foudre sont donc bien mises en
place par le dramaturge. Plus subtilement encore, dans la « scène du
balcon », Juliette voit apparaître Roméo de nulle part (deuxième coup de
foudre) et elle lui demande (II, 2, 79) :
Juliet. By whose direction found’st thou out this place ?
JULIETTE. – Qui t’a conduit jusqu’ici ?
Tout
paraît miraculeux, mais de fait, le mécanisme mimétique a joué à plein.
Shakespeare est encore loin de la maîtrise complète du désir mimétique,
comme il le manifeste dans Beaucoup de bruit pour rien, mais cette pièce,
parmi les premières du jeune dramaturge, est déjà très prometteuse.

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