Introspection
Perpétuelle
convalescence
Le quatrième âge, les seniors, le
« bel âge » comme l’appelle notre bon maire, la vieillesse comme on
n’ose plus le dire, est une espèce de longue convalescence. La maladie dicte
son chrono et pour chacune, on attend la guérison. Jusqu’à cet état physique précaire, les
maladies étaient des épisodes tous suivis de rémissions. Un bon traitement, une
remise en forme, et ça repartait. Heureux temps où mes petits-enfants disaient :
« Grand-mère, tu as pris tes médicaments ? Alors tu peux venir jouer
avec nous. »
À
présent, les rechutes se succèdent, les traitements s’enchaînent, et rien ne
revient à l’état de jeunesse. Michel Serres faisait remarquer qu’autrefois et
jadis, l’état de maladie était le plus courant. Nos ancêtres ne connaissaient
pas le doliprane. La santé était un moment d’exception entre deux maladies.
Nous avons inversé tout cela. Nous exigeons d’être en bonne santé.
Certains en parlent comme d’un droit. Aussi quand, avec les ans abondamment
accumulés, nous nous retrouvons malades, dépendants, nous attendons, comme une
évidence, d’être remis sur pied.
Mais les incidents se multiplient. L’oubli de son corps, que permet la
bonne santé, se fait bien rare. Il reste bien sûr la lecture, la musique, les
rencontres, mais tout est un peu plus compliqué. Il faut prendre comme une
grâce les moments où le corps disparaît, ou parfois s’endorlote dans une
douceur d’enfance, ou encore quand nous nous perdons dans le fouillis d’une
conversation animée. Et si nous avons bien ri en bonne compagnie, nous pouvons
croire que nous sommes guéris.
Je n’ai pas à me plaindre. Je vis même dans un confort inimaginable il y
a encore deux siècles. Notre culture a permis à la vie de se prolonger comme
jamais. Mozart est mort à 36 ans, Shakespeare à 52. J’ai déjà battu bien des
records. Mais cette compétition « n’est pas du jeu ».
Reste heureusement à contempler la jeunesse et à s’émerveiller pour
l’enfance. Avant de quitter le cycle, en admirer les boucles et les volutes.
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Très touchant ! Je te souhaite pour l'heure un "prompt rétablissement" selon la formule consacrée !
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