La théorie mimétique

 

Christophe Lemardelé 

La théorie de René Girard est-elle scientifique ? 

Certains contestent à la théorie mimétique sa qualité de « découverte » scientifique. Par exemple, Christophe Lemardelé, Docteur en Sciences religieuses, ne trouve « aucune validation scientifique auprès de la biologie, des sciences cognitives, voire de l’éthologie. » (Force et apories d’une théorie : l’anthropologie générale de René Girard, 2025). Christophe Lemardelé semble ne pas avoir entendu parler des neurones miroirs… mais soit. Son erreur est moins le fait d’une culture scientifique incomplète que d’un concept erroné, ou d’un préjugé tenace : il n’y aurait de vrai que la science, et ce que la science ne « démontre » pas est donc soupçonné de faux. En somme, la littérature, la philosophie, la poésie, tous les arts sont littéralement frappés d’hérésie (scientifique). Toutes les cultures issues des grands mouvements religieux n’auraient rien apporté à la connaissance universelle. Lemardelé réduit l’intelligence à l’ingéniosité, comme le dénonçait Hannah Arendt, et n’évalue la culture qu’à son efficace.  

   Or justement, la littérature, les arts au sens large, sont pleins de vérités, et capables de perceptions que les sciences ne voient pas ─ parce qu’elles ne les regardent pas. « Notre pâle raison nous cache l’infini », a si bien dit Rimbaud qui s’était fait « voyant, par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. »

   Certes, la théorie mimétique n’est pas sujette à expérimentation… Encore qu’il faille être bien aveugle pour ne pas voir que le mécanisme victimaire (le « bouc émissaire ») est à l’œuvre partout sous nos yeux, quotidiennement. C’est aussi en passant à la loupe les mythes et les grands textes fondateurs des civilisations que Girard a conçu sa synthèse si cohérente et si féconde.

   René Girard a superbement démontré que l’on peut partir de la littérature (comme d’un laboratoire), avec Cervantes, Shakespeare, Dostoeievski et Proust, pour explorer des réalités qui passent complètement sous les radars scientifiques, ou à côté de leurs microscopes.

   C’est avec des idées aussi réduites (réductrices) que l’on finirait par croire que l’IA serait aussi capable que Shakespeare de produire des grandes idées.

 

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