L’histoire ne nous apprend rien

  

 

Ma mise scène du Roi Christophe au Prytanée de Saint Louis, mai 1975.

 

L’indépendance qu’il ne fallait pas manquer

 

Après les émotions légitimes des indépendances, dans les années 1960, quel tableau offre l’Afrique, quel modèle ? C’est le continent où se concentrent le plus grand nombre de régimes autoritaires, voire de franches dictatures. Les promesses n’ont pas été tenues et la situation s’aggrave encore. Une large part du Sahel est tombée entre les mains de colonels incapables, de « conseillers » russes sans vergogne, et de mafias islamistes qui exercent des razzias ethniques. Dans l’aveuglement ou la naïveté, certains défilent encore pour dénoncer « l’impérialisme français ».

   Aussi imparfaites qu’elles aient été, les indépendances ont commencé par des régimes formellement démocratiques. Mais la pente de la facilité et le jeu des appétits égoïstes ont défait les institutions qui s’étaient mises en place. À l’exception du Sénégal, lui-même fragilisé, le bilan est triste.

   Dans La Tragédie du Roi Christophe, crée en 1964, Aimé Césaire avait prévenu sans ménagement.

 

« Je demande trop aux hommes ! Mais pas assez aux nègres, Madame ! S’il y a une chose qui, autant que les propos des esclavagistes, m’irrite, c’est d’entendre nos philanthropes clamer, dans le meilleur esprit sans doute, que tous les hommes sont des hommes et qu’il n’y a ni Blancs ni Noirs. C’est penser à son aise, et hors du monde, Madame. Tous les hommes ont mêmes droits. J’y souscris. Mais du commun lot, il en est qui ont plus de devoirs que d’autres. Là est l’inégalité. Une inégalité de sommations, comprenez-vous ? […] Alors, au fond de la fosse ! C’est bien ainsi que je l’entends. Au plus bas de la fosse. C’est là que nous crions ; de là que nous aspirons à l’air, à la lumière, au soleil. Et si nous voulons remonter, voyez comme s’imposent à nous, le pied qui s’arcboute, le muscle qui se tend, les dents qui se serrent, la tête, oh ! la tête large et froide ! Et voilà pourquoi il faut en demander aux nègres plus qu’aux autres : plus de travail, plus de foi, plus d’enthousiasme, un pas, un autre pas, encore un autre pas et tenir gagné chaque pas !

 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

La violence instituée

Éducation

La violence et le sacré