Porfotio
Le regard amoureux de Renoir
Ce qui caractérise l’œuvre d’Auguste Renoir, c’est moins sa palette lumineuse, moins ses carnations d’une sensibilité à fleur de peau, moins son soleil romantique sur une France oubliée, que la qualité extraordinaire du regard qu’il dessine pour chacun de ses personnages.
Dans Le Moulin de la Galette, toutes les personnes présentes, par dizaines, sont parfaitement individualisées. C’est un « tableau de groupe » où chacun existe. Comment « font-ils groupes » ? En se regardant. Personne n’existe tout seul. La communication visuelle, pour ne pas dire l’empathie qui les réunit, est fascinante. On pourrait tirer une ligne du visage de l’un au visage de l’autre. Ainsi en est-il du jeune homme au canotier à droite qui contemple en souriant la femme à la toque noire. Il en est de même pour les deux petites filles au premier plan à gauche. Les regards se parlent…
Dans Le Déjeuner des canotiers, la
dame appuyée à la balustrade à gauche regarde avec plaisir le jeune homme en
marcel à droite. L’homme à la veste blanche rayée s’intéresse beaucoup à la femme
à la toque blanche, mais celle-ci ne l’écoute que distraitement.
Cette fascination pour les femmes, Renoir ne l’a pas dissimulée, et il nous a laissé d’inoubliables nus féminins sensuels et pudiques. Évidemment, les « modernes » y ont vu la marque d’un regard « prédateur », et ils ont accusé Renoir de masculinisme. C’est une pure injure d’esthètes grossiers.
C’est la sensualité entre les êtres humains
que Renoir se plaît à décrire. Dans Les Canotiers, le regard du
« marcel » à droite ne se dirige pas vers la jeune fille au petit
chien ; il va vers l’autre porteur de marcel contre la balustrade à
gauche. Son sourire montre combien cet autre fier-à-bras le séduit.
Dans toute la peinture de Renoir, les flous sont significatifs. Mais quand il s’agit de dessiner les yeux, la pointe de son pinceau est d’une finesse miraculeuse. On peut distinguer chaque cil qui vibre.
Avec les femmes, Renoir a adoré peindre les enfants, le plus souvent ses enfants. Entre le petit Jean (le futur cinéaste) et sa mère, la tendresse déborde dans une vague de couleurs chaudes. Seul le regard de Jean est appuyé, et il est intense.
Claude, le petit dernier, est aussi
touchant. Dans ce tableau, la mère et l’enfant sont unis par le même jeu,
exprimé par leurs regards convergeant sur les jouets.
Visiter une exposition Renoir, c’est se
laisser bercer sur le long fleuve tranquille de la tendresse humaine.
Voir aussi Renoir
in love sur ARTE tv jusqu’au 18/07/2026.





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