Vendredi saint

 


À notre époque où le sacré commence à perdre son feu, où nous avons « revisité » tant de conventions, avons-nous pris la mesure du « scandale de la Croix » et compris à quel point le sacrifice de Jésus est un anti-sacrifice ?

   « On ne sait plus trop de qui est ce pathos, car que ferait un père, du cadavre de son fils ? Ce qui est à comprendre est le ‘‘mort pour nous’’, et non je ne sais quel ‘‘mort à notre place’’, que je ne comprends que trop bien, dans la perspective païenne du sacrifice ! »

Pierre Gardeil, Quinze regards sur le corps livré, Ad Solem, 1997.

   Contrairement au sacrifice archaïque qui veut faire du sacré à partir d’un sacrifice tous les faiseurs de martyrs en sont les champions , la mort sur la Croix de Jésus ne l’a pas rendu divin. Il était parfaitement innocent avant sa mise à mort.

* 

« Le Christ nous a rachetés de cette malédiction de la loi, devenu lui-même malédiction pour nous, car il est écrit : Maudit soit quiconque pend au gibet. » Lettre de Paul aux Galates (3, 13)

   Daniel Marguerat* commente : « la croix manifeste la faillite du cursus antique de l’honneur ». La vanité « antique » de l’homme est de croire qu’il ne reçoit la vie que de lui-même. Telle est « l’ivresse de la chair ». Après le Vendredi saint, l’honneur (et toutes ses variantes, l’image de soi, etc.) n’a plus aucun sens… Cette vanité sans borne est le « péché universel ».

 

* Paul de Tarse, L’enfant terrible du christianisme, Seuil, 2023.

 

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