Comme un signal

 

 

Lumière

(au singulier)

 

Le chaos du monde nous affole tous. De Trump l’illuminé à Xi le monstre froid, de Poutine le méchant à Kim complexé par sa petitesse, en passant par tous les fondamentalismes, musulmans, hindous, chrétiens (hélas), partout surgit la menace. Hobbes n’a jamais autant eu raison : c’est « la guerre de tous contre tous ». Elle n’est pas partout spectaculaire, elle est rampante, insidieuse, comme si elle était invisible. Et de fait, la sidération qu’elle provoque est semblable à un coup de canon permanent.

   Cette contradiction nous révèle quelque chose. Comparons avec hier. Hitler, Staline, Mao, Castro ont été des tyrans bien plus méchants que « les nôtres » d’aujourd’hui. Et ils ont été adulés. Au moins, Poutine, Trump, Khamenei, Xi sont-ils copieusement haïs. Soit ils sont craints, soit ils sont ouvertement moqués. La guerre ne se fait plus au nom d’idéaux sacrificiels, même pas pour défendre une civilisation contre une autre ─ le temps des grandes invasions a disparu, il n’y a littéralement plus rien à conquérir. Adieu Hannibal, Gengis Khan et autres Vikings. Presque aveuglés par la violence omniprésente, diffuse, nous semblons incapables de comprendre ce qui se passe. En réalité, la Lumière est bien là. C’est celle de notre conscience. « Il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir », a dit si justement Pascal.

   Personne, absolument personne (J. D. Vance lui-même) ne donne de sens à ce qu’il fait. Personne n’y croit. Emporté par la « pensée unique », c’est-à-dire mimétique, des réseaux sociaux et des commentaires répétitifs, chacun a, malgré tout, le sentiment qu’il y a quelque chose qui cloche dans le discours ambiant. « Croyez-vous vous-même à votre théorie ? » demande le héros de Joyce dans Ulysse.

   En chacun de nous, une petite lumière, comme une alarme, nous prévient que « tout cela n’est pas sérieux ». La vérité est ailleurs. Quand les fous se seront mutuellement neutralisés ─ espérons avant la Bombe ─, une aube nouvelle apparaîtra. Pour l’instant, elle est sans voix. Et c’est tant mieux. Nous échapperons ainsi aux grandes idiologies telles qu’elles ont ravagé le XXe siècle ! « Une grande idée, c’est d’ordinaire un sentiment qui parfois reste bien longtemps sans définition », avait prévenu Dostoïevski. Ne nous attendons pas à un brasier, ni au grand soir, mais plutôt à un petit matin éclairé par toutes les consciences qui s’éveillent. J’ai ma petite lumière. Gardez la vôtre. Elle va peut-être être utile plus tôt qu’on ne croit.

 

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