Le cycle infernal de la vengeance

 

 

Victimes et bourreaux confondus 

« L’illusion constante de la Révolution consiste à croire que les victimes de la force étant innocentes des violences qui se produisent, si on leur met en main la force, elles la manieront justement. Mais sauf les âmes qui sont assez proches de la sainteté, les victimes sont souillées par la force comme les bourreaux. Le mal qui est à la poignée du glaive est transmis à la pointe. Et les victimes, ainsi mises au faîte et enivrées par le changement, font autant de mal ou plus, puis bientôt retombent. »

Simone Weil, La Pesanteur et la grâce, publié en1947.

 

   Au moment où elle émet ce jugement, au début de la Seconde Guerre mondiale, Simone Weil fait référence au communisme stalinien qui a transformé les « damnés de la terre » en sinistres assassins. Si l’on se risque, aujourd’hui, à appliquer cette vérité aux descendants de la Shoah, on en tremble d’effroi et de tristesse. Les Israéliens sont passés maîtres dans l’art de la commémoration, du souvenir douloureux, de la célébration des morts, et beaucoup « justifient » le mal qu’ils font (à Gaza, en Cisjordanie, au Liban, en Syrie ou en Iran) par le mal que leurs ancêtres ont subi. Oui, bien des victimes, au cours de l’histoire, ont été innocentes, mais non, une victime ne se comporte pas forcément de façon innocente. Quand « cesse-t-elle » d’être innocente ? Dès lors qu’elle n’est plus victime. On n’hérite pas de l’innocence.

   Simone Weil dit par ailleurs : « Le contact avec le glaive comporte la même souillure, qu’il se fasse du côté de la poignée ou du côté de la pointe. » Redoutable constat. Le mal souille tout. La vengeance, même posthume, même par substitution, surtout quand elle est différée, est une horreur.

 

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