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Un Jésus de plus, pour quoi faire ?
Non,
je n’ai pas cherché à « cibler les incrédules ». L’idée de cibler
quelqu’un, comme on vise un ennemi, m’est insupportable. Je n’ai pas cherché
non plus des clients pour ma secte. Je laisse le racolage aux marchands. Je
n’ai pas de « programme », je laisse ça aux politiciens. L’idée de
« recruter » est totalement idiote. Mes paroles sont des paroles
humaines, mais un appel à rien. Je
donne à penser, c’est tout.
Je ne défends aucune théorie et j’espère
avoir montré que des paroles de Jésus ne sort aucune théorie. C’est justement
l’accumulation des « mille et une interprétations du corpus
chrétien » que j’ai voulu éviter d’augmenter ! En gros, depuis l’épître
aux Hébreux jusqu’aux délires des libertariens américains, il n’y a que du trash.
Je me méfie comme de la Covid de tous les systèmes et je considère tous les -ismes
comme des boîtes à chaussures où je n’ai jamais trouvé ma pointure. Je ne
considère même pas le discours de Jésus comme un humanisme. Je parle de
son humanité, c’est autre chose. Je parle rarement de christianisme, je
préfère dire chrétienté.
Jésus n’est pas une allégorie, pas un
symbole, il est une personne. On n’adhère pas à ses idées, on le
rencontre, comme on rencontre toute personne humaine, et après se noue, ou pas,
une relation, peut-être une amitié.
Je ne défends aucun principe. Jésus n’a
dicté aucune règle, il en a plutôt démoli des tonnes. Il se méfie de toutes les
règles. Les Pharisiens ne le lui ont pas pardonné. Et leurs successeurs non
plus, qui ont inventé, devant la terreur du « message » apocalyptique
de Jésus, des rituels, des interdits, des commandements, des
« programmes », des systèmes en un mot ! En relisant à fond les
textes ─ pas les commentaires ─, j’ai cru trouver quelques lumières…
Évidemment, cette lecture a été accompagnée d’une foultitude de relectures.
Jusqu’à ce que je croie arriver à l’essentiel. Et ô merveille, je n’ai pas
trouvé de contradictions.
Alors pourquoi toute cette embrouille autour
des paroles d’un Nazaréen, somme toute assez simple dans ses propos ?
Voilà la bonne question. C’est parce qu’elles sont la simplicité même que nous
ne les comprenons pas. Il demande la paix et la réconciliation, nous ne voulons
que la chicane et la défaite de nos ennemis. Alors, on triche avec le message.
Qu’avons-nous « ajouté » à ses paroles ? Des monstruosités,
généralement des justifications de toutes nos violences. Je repense à cette
phrase lumineuse de Joyce :« Vous trouvez mes paroles
obscures ? L’obscurité est dans nos
âmes. » C’est cette obscurité-là qu’il ne faut pas prendre pour de la
lumière, ou de l’intelligence, ou de la raison, que sais-je ? Et c’est
cette obscurité-là qu’il faut traquer sans relâche. Sinon, on est pris
dedans ! Les « obscurités » des paroles de Jésus ont, pour la
plupart, été ajoutées après lui. Aux vraies questions comme « Quel est mon
prochain ? », on évite de répondre, ou alors on désigne le quêteur en bas
de la rue. Ramener les paroles de Jésus à une petite charité minable, ça ne
vaut pas le détour !
Voilà le « personnage » qui
m’intéresse, pas une image pieuse, pas une victime pleurnicharde, pas un
« béni-oui-oui », pas un distributeur d’indulgences, et encore moins
un va-t’en guerre, le genre Mélenchon comme Pasolini l’a mis en scène !

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