Shakespeare
Sonnet 105
Let not my love be call’d
Idolatry,
Nor my belovèd as an Idol show,
Since all alike my songs and praises be
To one, of one, still such, and ever so.
Kind is my love to-day, to-morrow kind,
Still constant in a wondrous excellence ;
Therefore my verse to constancy confin’d,
One thing expressing, leaves out difference.
Fair, kind, and true, is all my argument,
Fair, kind, and true, varying to other words,
And in this change is my invention spent,
Three themes in one, which wondrous scope affords.
Fair, kind, and true, have often liv’d
alone,
Which three till now never kept seat
in one.
Non, mon amour n’est en rien une idolâtrie,
On ne doit pas traiter mon bien-aimé d’idole,
Quand bien même mes chants n’ont qu’un destinataire,
Un être unique, et n’ont jamais eu d’autre source.
Mon amour est bon aujourd’hui, comme demain,
Toujours constant et d’une rare perfection ;
Ainsi ma poésie, fidèle, inaltérable,
N’exprime qu’une chose et ne veut voir rien d’autre.
« Le beau, le bien, le vrai » sont mon
seul argument,
« Le beau, le bien, le
vrai » ─ sauf
pour quelques variantes
Ou changements de mots, fruits de mon
invention :
Trois thèmes en un seul qui m’ouvrent l’horizon.
« Le beau, le bien, le vrai », trop
souvent séparés,
Et qui sont l’apanage à présent d’un seul être.
Il s’agit
d’un sonnet majeur, peut-être central. Après avoir expérimenté sur lui-même
la fascination mimétique ─ ‘T’is thee my self’ ─, après
avoir analysé tous les arcanes de la passion, de l’exaltation joyeuse à la
jalousie mortelle, Shakespeare revient sur son parcours et s’aperçoit de la
beauté de son amour qui n’est pas de possession mais d’oblation
(sonnet 125). Et il parvient à donner au « sacrifice final » ─ il rend sa liberté à W.H. au sonnet 129 ─ un
caractère absolument pacifique, dans un poème d’une douceur infinie. Douze vers
seulement, et il se tait… ou il pleure en silence. C’est pour préserver W.H. de
sa passion (il n’est pas « prédateur ») qu’il l’abandonne.

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