Soyons clairs

 

 

Contre Thiel 

Le numéro 3982 de Télérama présente, sur trois pages, un argumentaire sur (contre ?) le personnage que Peter Thiel est devenu. Le titre de l’article est Le technofasciste et le philosophe. Il semble que cet individu douteux est presque incontournable. Avec son argent, ce milliardaire sans scrupule s’est acheté une réputation jusque dans les hautes sphères de l’administration Trump : il est celui qui a converti J. D. Vance au catholicisme ! Il finance, généreusement, les milieux archi-conservateurs américains, mais aussi français, et entraîne avec lui la mouvance réactionnaire de plus en plus active des deux côtés de l’Atlantique.

   Je vais être explicite. Ceci n’est pas une justification, je n’ai de compte à rendre à personne, mes lecteurs bénévoles me jugent comme ils l’entendent.

   Je suis un admirateur de René Girard depuis les années 1975. J’ai lu (et relu) à peu près tout ce qu’il a écrit. J’ai échangé avec lui et je l’ai rencontré (brièvement) lors de ses passages à Paris (notamment en 2001, en compagnie de Jean-Claude Guillebaud). J’ai approfondi sa pensée, tant littéraire (sur Shakespeare, en particulier*) que religieuse**. Je continue ma recherche, et mon blog en est le reflet constant.

   Je fais partie de l’Association Recherches Mimétiques, branche française (mais autonome) d’Imitatio fondée et subventionnée par Peter Thiel, pour soi-disant perpétuer la pensée du philosophe qu’il admire…

   Je suis vent debout contre les élucubrations du « technofascite » qui fait le buzz et qui sème le doute et la discorde dans une pensée qui est d’abord complexe, et dont il déforme l’essentiel. Il est facile, quand on n’a pas compris grand-chose à une théorie aussi touffue, aux ramifications infinies, qu’est la théorie mimétique, de dire n’importe quoi. Tout soupçon devient un élément à charge. Et quand quelqu’un comme Peter Thiel en rajoute dans la distorsion démagogique de la pensée de son maître, comment résister ?  Pour les « gens extérieurs », le mal est déjà fait. Il n’y a pas de fumée sans feu. Girard est un sale conservateur, un réactionnaire, etc. La chose est entendue. Et d’ailleurs Jésus n’est pas très fréquentable non plus.

   Pourquoi tant d’acharnement ? À mon humble avis, pour la raison que les vérités absolument chavirantes que révèlent 1. René Girard, et avant lui 2. les textes du Nouveau Testament, ne peuvent qu’être incomprises. MAIS, en fait, elles ne sont pas complètement incomprises. La révélation des Évangiles est un peu plus claire chaque jour, elle dévoile (et dénonce) notre violence et toutes nos fausses justifications. Alors, pour étouffer cette vérité trop gênante, on la déforme, et la plus facile (et la plus bête) façon de la déformer, c’est de lui faire dire le contraire de ce qu’elle dit. Girard « accuse » le mimétisme moutonnier des humains dans leur ensemble. Quelle aubaine, pensent les opportunistes : servons-nous de ce mécanisme mimétique infaillible, branchons-le sur les algorithmes, et faisons de l’argent (beaucoup d’argent) avec. De son côté, si Jésus démontre, par sa vie et sa mort, l’inanité du sacrifice***, revenons alors à la lecture la plus sacrificielle qui soit, celle de Sylvain Durain notamment, dont j’ai dit tout le bien que je pense****.

   L’une des manifestations de l’inanité du sacrifice est cette « montée aux extrêmes » à la laquelle nous assistons : tous en guerre, on ne sait plus contre qui, mais personne ne renonce au mal qu’il commet. Girard n’a jamais justifié les guerres. Il serait le premier opposant de D. Trump et de sa clique aujourd’hui. Mais de son vivant, il s’est bien gardé de prendre parti : prendre le contre-pied, c’est entrer dans un système labyrinthique de représailles infinies, tout à fait mimétiques pour le coup. Peter Thiel a trop clairement choisi son camp pour être une brebis innocente. Il est « mouillé » jusqu’au cou.

   Je ne veux rien avoir à faire avec ce partisan affairiste, cet influenceur vénal.

 

* Les Sonnets de Shakespeare, L’Harmattan, 2015. Et William devint Shakespeare, L’Harmattan, 2019.

** Qui dit-on que je suis ? Le mystère Jésus, L’Harmattan, 2024.

*** C’est la lecture anti-sacrificielle que j’ai faite des Écritures.

**** Voir ma chronique du 5 mai.

 

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