Théorie mimétique

 

 

Girard retourné comme une crêpe 

La pensée de René Girard est si puissante et si dérangeante qu’elle suscite des réactions fatalement contradictoires, et beaucoup d’incompréhension. S’appuyant sur le message de Jésus, ô combien dérangeant pour nos petites idées acquises, elle conduit certains, par réflexe conservateur, par atavisme sacrificiel, à des dérives telles qu’elles mettent la théorie mimétique cul par-dessus tête.

   On connaît les aberrations de Peter Theil qui, ayant découvert que la rivalité mimétique mène le monde, en a fait son fonds de commerce : si tout le monde se copie et va dans le même sens, a-t-il compris, autant que cela rapporte. Les réseaux sociaux fonctionnent, financièrement, sur ce réflexe moutonnier. Il paraît bien incongru de rappeler que René Giard ne vante pas le mimétisme, il nous prévient, au contraire, contre ses dangers.

   En France, Sylvain Durain se prétend un spécialiste de Girard et, lui aussi, il le relit pour inverser ses conclusions. Il reprend le discours anti-sacrificiel de l’anthropologue et il l’inverse pour faire de sa théorie la justification du sacrifice. Ses bévues sont flagrantes. Sylvain Durain veut réhabiliter le sacrifice. Il en oublie que Jésus a dit : « Ce n’est pas le sacrifice qui me plaît, c’est l’amour. » Pour appuyer sa thèse, Sylvain Durain se retourne évidemment vers l’épître aux Hébreux, et proclame que « par le sacrifice nous serons sauvés ». Il n’y a pas de pensée plus archaïque. Le sacrifice de Jésus nous sauve (peut-être) de l’ignorance (notre fausse innocence), mais elle n’efface pas nos fautes accumulées. Sinon, pourquoi demander pardon tous les jours en récitant le Confiteor ? De dérive en dérive, la Croix devient « le sacrifice parfait ». Sylvain Durain parle même du « sacrifice de Dieu ». Je n’ai vu nulle part dans les Évangiles que Dieu en personne se sacrifie. Ce sont les hommes, d’après Nietzsche, qui ont choisi de tuer Dieu. Ceci est une autre affaire.

   De délire en délire, Sylvain Durain en vient à la conclusion que nous n’avons le choix qu’entre deux imitations : soit nous imitons Satan (sacrifice humain donc imparfait, inefficace), soit nous imitons Dieu (dont le sacrifice est « parfait »). Ce faisant, Sylvain Durain donne à Satan un rôle démesuré. Satan n’existe pas en tant que tel, il n’est que la représentation du mal, il est « le Prince de ce monde ».

   Où est passé Jésus dans cette affaire ? Il a tout bonnement disparu. Or, c’est lui qui est essentiel, il est central. C’est lui que nous devons imiter. Il n’a pas prôné le sacrifice, ni choisi de se sacrifier, il a été sacrifié par nous (les hommes) et il a appelé à l’amour pour remplacer toute la violence du monde. L’amour est le contraire du sacrifice.

   Sylvain Durain participe de cette tendance réactionnaire au sein du catholicisme d’aujourd’hui qui connaît un certain succès, mais il fera long feu.

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   Pour revenir aux bases non sacrificielles du christianisme, reportez-vous à mon essai Qui dit-on que je suis ? (L’Harmattan).



 

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