De l’intelligence

 

 

IA, OP, IT ou IE ? 

Et chacun de s’extasier devant les performances de l’IA. Si votre GPS vous dessine un itinéraire de 1 000 km en quelques secondes, c’est une affaire de calcul « mental » en apparence, ce sont des additions et des soustractions au bout du compte. Demandez maintenant à un bot de vous résumer À la recherche du temps perdu. Si vous êtes satisfait du résultat, c’est que vous n’êtes pas exigeant, ou bien que vous n’avez jamais lu Proust. Quand Shakespeare joue des doubles sens, voire des tripes sens, j’admire sa subtilité. Je me prends la tête à le traduire. Quand Prospéro-Shakespeare dit adieu à la scène, à la fin de La Tempête, qu’en un poème de vingt vers, il résume toute son œuvre, et donne jusqu’à sept sens différents à sa tirade… Oui, je considère qu’il s’agit d’intelligence. Quand ma voiture « intelligente » me signale que je suis trop près du véhicule devant moi, c’est simplement un capteur qui a bien fonctionné et rien de plus. Dans Condition de l’homme, Hannah Arendt nous prévenait du risque de « l’assimilation de l’intelligence à l’ingéniosité ». Il ne faut pas confondre une intelligence avec un outil, même si l’intelligence peut aussi être performante. Pour une clef à molette qui remplit sa fonction, parlons d’Outil Performant (OP), et c’est tout.

   On pourrait aussi parler d’Intelligence Transformée (IT) comme on parle d’Aliments Transformés quand ils ont été produits industriellement.

   Bravo si les algorithmes font tout à notre place, comme réserver une place d’avion, ou écrire une synthèse de réunion. En fait, ils remplacent les secrétaires, désormais au chômage, et me font faire le travail « tout seul », c’est-à-dire à leur place. La supercherie de la machine « pensante », c’est qu’elle prétend me seconder, quand c’est moi qui fais le travail de la secrétaire… Qu’est-ce que j’y gagne ? Pas grand-chose en comparaison du temps que je perds. Par contre, l’entreprise qui a recours à l’IA se fait beaucoup d’argent sur mon dos.

   L’éducation n’aura bientôt plus qu’à enseigner… l’art de renseigner les machines. Cela peut prendre un certain temps et laisser sur le bas-côté les cerveaux lents ou récalcitrants. Restera-t-il encore de la place pour la vraie création artistique, pour l’invention et l’étonnement ? Si oui, nous allons connaître le meilleur des mondes.

   Et je ne parle pas de l’IA générative ou conversationnelle. C’est une grosse mémoire qui a tout compilé et qui recrache ce que d’autres ont pensé depuis longtemps. C’est une cafteuse. J’ai eu, dans les années 1990, en première S, un élève particulièrement brillant à qui j’ai pu mettre 20/20 à un devoir. M’étonnant de ses capacités, j’en ai parlé à sa professeure de lettres qui n’a trouvé à me répondre que cette banalité : « Oui, il a beaucoup lu. » C’était un chat GPT avant l’heure. Moi, je le trouvais inventif, merveilleusement littéraire. J’ai appris, depuis, qu’il avait « fini »… trader à Londres.

   Que dire enfin de l’IE, l’Intelligence Émotionnelle ? Les neurosciences la réduisent à des réflexes comportementaux. Aucun artiste ne trouve grâce à ses « yeux » artificiels. Nous sommes tous des petits robots. Et si nous ne le sommes pas encore, cela ne va pas tarder.

 

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