Incarnation

 

   

La vérité du corps 

La parole vient du corps. Sans être aussi expressifs que les sourds, ni même que les Italiens qui ont développé un système corporel unique pour communiquer, nous participons tous avec notre corps quand nous prenons la parole. Les Français utilisent beaucoup leurs mains. Les Anglais sont très éloquents avec leur tête. Même au téléphone ─ sans visio ─ nous continuons de bouger comme si notre interlocuteur nous voyait. Les présentateurs de la télévision sont parfois embarrassés par leurs mains. Alors les « communicants » leur apprennent un certain nombre de gestes, toujours les mêmes, qu’ils répètent parfois sans raison apparente.

  L’Intelligence Artificielle n’a pas de corps. Les images virtuelles sont vite détectables et ressemblent à des dessins animés (ce qu’elles sont). L’intonation est pauvre, parce qu’il s’agit d’une parole sans intention, sans vie. Ou pour le dire de façon plus girardienne, il n’y a pas le désir avec.

   Entendre dire une chose gentille est agréable. Mais cela ne remplace pas une caresse. Aïe ! voilà la difficulté. Dès qu’il rentre en jeu, le corps est interdit. On accepte la tendresse des enfants, voire le toucher maladroit de certains handicapés mentaux, mais entre « gens civilisés », les barrières sont étanches. Je parle ici des « gens du nord ». En Afrique, le contact physique n’est pas tabou. Les Africains se touchent bien mieux que nous. Ils ont même une tolérance aux corps des autres, à la proximité, bien meilleure que la nôtre.

   Par inversion, par compensation, la « danse » des Occidentaux ─ j’évoque ici la danse spontanée des boîtes de nuit et des soirées festives ─ est d’une pauvreté attristante. Une agitation mal cadencée, une turbulence nerveuse, rien d’autre. Il paraît que cela défoule… Mais cela révèle surtout la misère corporelle de nos contemporains.

   Rien n’est plus beau qu’un corps qui parle. Les bons danseurs doivent être éloquents.

 

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