« Malheur à celui par qui le scandale arrive ! »
Le jugement collectif
Retour aux sources bibliques.
« Malheur à celui par qui le scandale arrive ! » n’est pas une
menace, ni un appel à un châtiment (Jésus ne condamne jamais personne, il pardonne,
le plus souvent). L’injonction « Malheur… ! » renvoie au
jugement collectif : c’est « la voix du peuple », le bruit de la
populace, la comparaison de tous par tous, c’est une machine à faire des
victimes. Malheur à celui qui n’a pas accumulé assez de likes pour être
reconnu ! Malheur à celui qui est sorti des clous ! Il est la cible adorée
des tireurs embusqués et anonymes. Les réseaux sociaux ont fait de cette
calamité une arme banale pour se soulager, à bas prix, de sa mauvaise
conscience.
Le
mécanisme est bien huilé, et parfaitement orchestré. La rumeur a toujours été
mauvaise. Les médias lui offrent une chambre d’écho qui la transforme en
vacarme. Nous ne sortons jamais du jugement… Comment se débarrasser du regard
cruel de nos pairs ? De la pression incessante des comparaisons
médiatiques ? « Le jugement n’est pas dernier, il est
permanent », remarque Kamel Daoud (Le
peintre dévorant la femme).
« La
gloire » est-elle l’image inversée de la condamnation facile et de
l’opprobre ? Quand elle arrive à quelques-uns, ils se croient tout permis… Elle
est peut-être le pire des pièges, car celui qui est flatté se prend pour
quelqu’un et sûrement il ne s’appartient plus. La gloire est toujours un qui
pro quo, une duperie, une auréole en toc. Shakespeare, je m’en persuade
toujours davantage, a eu raison de rester en retrait. Fortune faite (grâce aux
bénéfices de son dur labeur de dramaturge - metteur en scène - directeur de
troupe), il s’est retiré presque incognito à Stratford. Ce qui est
incompréhensible aux mimétiques et aux jaloux, m’apparaît comme lumineux !
Pourquoi, alors, en suis-je à me manifester sur les rézo-socio ? La
question me trouble. Vous n’êtes pas obligés de me liker. Mais votre
estime me fait du bien.

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