Devoir de mémoire, devoir d’émotion

 

 

Le Mât de la Fraternité 

Le 18 avril est inauguré, à Nantes, le Mât de la Fraternité, un monument en mémoire de la traite et de l’esclavage. Les initiateurs du projet sont un descendant d’esclaves, Dieudonné Boutrin, et un héritier d’armateurs négriers, Pierre Guillon de Princé. L’acte en lui-même est beau et hautement symbolique. Mais il va bien au-delà des seuls hommes généreux qui ont mené à bien le projet. Il n’y a pas beaucoup de Français qui pourraient prétendre que leurs ancêtres sont vierges de toute collaboration avec l’esclavage ─ il faut ici relire Voltaire. Quant aux presque trois millions d’Ultramarins de citoyenneté française, ils sont bien les descendants des esclaves… Tout cela forme-t-il une fraternité ? De fait, l’Histoire nous a réunis. Il convient maintenant de reconnaître ce fait, ni dans la honte ni dans le ressentiment. Mon amitié pour Daniel Maximin, poète guadeloupéen, est un cadeau que nous nous faisons mutuellement. Cela ne vaut pas « réparation ». Cela vaut mieux que cela : la réconciliation n’est pas un deal, c’est comme un baiser échangé. Notre amitié n’est pas un « contrat » entre un « descendant d’esclave » et un « héritier des négriers »… Tout simplement parce que c’est lui et parce que c’est moi.

   Puisque nous ne pouvons pas « rembourser » notre dette, au moins devons-nous éviter de l’alourdir. Toutes les manifestations de racisme ─ et les descendants des négriers ne manquent pas de succomber à cette bassesse ─ sont comme une culpabilité aggravée par leur lâcheté.

 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

La violence instituée

Éducation

La violence et le sacré