Méconnaissance acharnée
Vraiment ?
Selon l’ONG CARE international, 80 % des situations
humanitaires catastrophiques, notamment en Afrique, « passent sous les
radars ». Le mariage de Jeff Bezos à Venise a « fait » des
millions de vues sur les réseaux sociaux, tandis que la misère qui se répand en
Centrafrique, au Soudan, par exemple, n’intéresse personne. Et moins un malheur
est médiatique, moins l’aide se mobilise. Bien innocents sommes-nous puisque
nous ne savons pas ce que nous faisons…
Ce
constat irréfutable n’est pourtant pas complètement vrai. Ce n’est pas
tant que nous ne savons pas, c’est que nous sommes maintenus dans
l’ignorance. Les fake news et autres mensonges sont entretenues par
les Russes qui dépensent des millions de dollars pour nous « boucher la
vue », tandis qu’ils continuent leur petit (immense) trafic en Afrique, ou
ailleurs. Les méga-plateformes américaines de même qui poussent à la diminution
des aides aux miséreux. Tout se tient. Et pour comble d’hypocrisie, on appelle
cela le soft power, le pouvoir « doux ». Quelle violence, en
réalité !
La
merveilleuse révélation du Christ sur la Croix est totalement pervertie, et
l’entretien de la méconnaissance est devenu un business lucratif. À
l’image de Peter Thiel ou J. D. Vance qui ont sciemment inversé la théorie
mimétique (et la révolution de la pensée qu’a engendrée le christianisme) :
le but recherché est dorénavant de faire qu’ils ne sachent pas, que nous
ne sachions pas. Il n’y a pas pire détournement du message chrétien. Mais comme
tout le monde se moque du message chrétien, cela aussi « passe sous les
radars ».
« Père, pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils
font », avait lancé Jésus sur la croix (Luc 23, 34). Sommes-nous encore
pardonnables si nous savons ? Notre conscience éclairée se cache vite sous
les oripeaux du bla-bla médiatique. De toutes les inversions mauvaises opérées
par le post-christianisme, l’entretien hypertrophique de la méconnaissance,
délibérément mise en place par les Puissants, est une monstruosité colossale. Nous avons fait en sorte de ne jamais plus être pardonnés.
N’y a-t-il pas de tableau plus effrayant de l’Enfer ?
Tout à coup, le déchaînement médiatique ─ phénomène qui nous paraît
encore presque inexplicable ─ se révèle en pleine lumière. C’est une entreprise
d’obscurantisme planétaire ! Ou « une mise en scène théâtrale qui
aurait pour objet non plus la catharsis mais la disparition de toute
catharsis », annonçait René Girard dans La route antique des hommes
pervers (1985). À mesure que la Révélation progresse, la méconnaissance ne
nous protège plus de rien, et nous avons peur, face à nous-même. « Ils
connurent qu’ils étaient nus » (Genèse 3, 7). En termes moraux,
traduisons : nous ne voulons plus être « délivrés du mal », nous
avons choisi de nous en accommoder.

Commentaires
Enregistrer un commentaire