Mimétisme destructeur
L’obsession du regard
ou
la morale de la honte
Beaucoup de civilisations ─ des cultures orientales
où l’on cache les femmes, aux religions traditionnelles ou animistes où l’on
craint « le mauvais œil » ─ donnent une importance démesurée au regard. Il
s’agit toujours du regard de l’autre, donc de l’angoisse d’être jugé. Le
christianisme a corrigé, en partie, cette donnée, et fait de la conscience
qu’on a de soi le juge définitif. L’inversion est plus que troublante. Si ce
précepte était suivi à la lettre, nous devrions être débarrassés du jugement
d’autrui. Shakespeare va jusqu’à affirmer audacieusement sa
liberté, au sonnet 121 :
’Tis better to be vile than vile esteemed,
When not to be receives reproach of being,
And the just pleasure lost, which is so deemed,
Not by our feeling, but by others’ seeing.
For why should others’ false adulterate eyes
Give salutation to my sportive blood ?
Or on my frailties why are frailer spies,
Which in their wills count bad what I think good ?
No, I am that I am.
Mieux vaut être immoral que d’être jugé tel,
Quand
sans l’être, pourtant, on s’en voit accusé,
Et que
l’on est jugé, pour des plaisirs licites,
Non par
son sentiment mais par les yeux d’autrui.
Pourquoi
le regard fourbe et perverti des autres
Devrait-il
approuver ma conduite légère ?
Pour mes
failles, pourquoi de plus faibles que moi
Jugeraient-ils
mauvais ce que je juge bon ?
Non, je
suis qui je suis.
Mais
qui possède une telle maîtrise de soi ? Généralement, on préfère se
dissimuler derrière un moucharabieh ou un pseudonyme.
D’inversion en inversion, la pensée moderne,
ou plutôt le nouveau comportement moutonnier, a choisi de préférer l’exhibition
à la pudeur. C’est le monde des rézo socio, des chats. Et en
retournant le christianisme, on en est revenu au point de départ, à la source
primitive. Nous vivons sous le regard des autres comme dans les premières
civilisations. C’est le régime de la honte, de l’humiliation, du sentiment
d’infériorité, avec ─ quatrième inversion, mais perverse
celle-là ─ sa caricature grotesque : la
vanité exacerbée, le Moi gonflé comme une montgolfière. L’exemple vient de
haut.

Commentaires
Enregistrer un commentaire