Shakespeare

 

 

Théorie du texte 

   Pour se lancer dans l’écriture, faut-il partir d’une « théorie du texte » ? La petite expérience d’écriture que j’ai me laisse croire que la théorie se dévoile au fur et à mesure de l’écriture. En traduisant Shakespeare, je me suis laissé enseigner par Shakespeare. Et il m’a beaucoup appris. Quand je me suis lancé le défi de traduire les Sonnets, j’étais un ignorant. Oh, bien sûr ! j’avais plein d’idées sur Shakespeare, et sur ses amours, et sur sa tristesse, et sur la difficulté de son labeur. Je connaissais tous les « grands thèmes shakespeariens » : la violence, la jalousie, etc. Mais que n’ai-je découvert en me laissant guider par lui ? Je n’ai rien ajouté à Shakespeare et chaque progression dans ma traduction m’a été soufflée par mon maître. C’est pourquoi la première traduction m’a pris près de quatre ans. Je cherche encore…

   La quantité de sonnets dans lesquels Shakespeare se cherche, doute de lui-même, et de son propre talent, est impressionnante ! Dans le sonnet 76, il en vient à se comparer aux autres rimeurs de son temps : 

Why is my verse so barren of new pride ?
So far from variation or quick change ?
Why with the time do I not glance aside
To new-found methods, and to compounds strange ?
Why write I still all one, ever the same,
And keep invention in a noted weed,
That every word doth almost tell my name,
Showing their birth, and where they did proceed ?

            Pourquoi ma poésie manque-t-elle à ce point

   D’originalité, de nouveauté, d’audace ?

   Pourquoi ne suis-je pas du côté de la mode,

   Des procédés nouveaux et des formes hardies ?

 

   Pourquoi ne rien changer à ma façon d’écrire,

   Et ostensiblement mépriser l’invention ?

   Et pourquoi chaque mot révèle-t-il mon nom,

         Et montre-t-il sa source autant que mes moyens ?     

   Ses pièces autant que ses poèmes sont des chefs-d’œuvre de construction, de composition. Il était à 100% conscient de ce qu’il faisait et de ce qu’il valait. Et c’est en abandonnant sa maîtrise qu’il est le plus génial. Comme à la fin de La Tempête, le magicien se dépouille de tous ses oripeaux. Et ce strip-tease tragique est sublime.

 

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