Le bon mimétisme
La leçon de Nelson Mandela
Comment sortir du mécanisme relationnel de
la violence ? En regardant l’oppresseur autrement. Françoise Dolto exprime cela en psychanalyste : « Aimer mon ennemi, c’est aimer celui qui est
support de ce que je refoule le plus et que je ne veux pas reconnaître en moi. »
(L’Évangile au risque de la psychanalyse,
tome 2). Comment reconnaître dans mon ennemi un autre moi-même ?
Retenons
la leçon de Nelson Mandela : « L’opprimé et l’oppresseur, dit-il,
sont tous deux dépossédés de leur liberté. » C’est ce qui explique que
Mandela prisonnier n’a jamais voulu négocier sa libération avec des bourreaux
qu’il n’aurait pas été capable de considérer comme ses égaux. Cette hauteur
d’esprit lui a valu bien des années de prison supplémentaires. Aussi n’est-il
pas sorti de sa geôle pour se venger. Avec Desmond Tutu, il a institué la Commission
vérité et réconciliation. Compte tenu de ce qu’était l’apartheid, sa
sauvagerie, son inhumanité, l’issue devait passer par la reconnaissance mutuelle,
voire le pardon, ou c’était le carnage assuré pour un siècle !
Comment Nelson Mandela et Desmond Tutu ne sont-ils pas tombés dans le
cycle infernal de la vengeance et le vertige de la « montée aux
extrêmes » ─ ce à quoi pousse la rivalité mimétique ? Nos héros
sud-africains ont inversé le processus : celui qui est en face de moi
n’est pas mon « rival » mais mon « égal ». Il y a là le
signe d’un « bon mimétisme » qui ouvre à la résolution possible de bien
des conflits. En bantou, cela s’appelle l’Ubuntu. Cela s’appelle aussi
« l’amour du prochain ». Dire « aimer son prochain comme
soi-même » est un énoncé mimétique provocateur. Les violents préfèrent
toujours en découdre avec leur miroir-ennemi.

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