Articles

Affichage des articles du juillet, 2026

Victimes et bourreaux

Image
  La victime n’est pas plus grande  que son bourreau   Ceci est une variante de la phrase célèbre de Jésus : « Le serviteur n’est pas plus grand que son maître . » (Jean 13, 16) Quand Jésus s’adressait à ses disciples, il voulait leur faire comprendre que tous les humains sont égaux. Incidemment, il signifiait que cette égalité ne donnait pas de droits supplémentaires aux petits. « Les premiers seront les derniers » n’est pas non plus un système de rétribution ni de vengeance. Les premiers et les derniers seront traités pareil, ils sont égaux.    La perversion du christianisme (plutôt de son application) a consisté à inverser les hiérarchies. On croit volontiers aujourd’hui que les victimes ont des droits exorbitants. Je suis victime, tu me dois quelque chose. Mieux encore, si je veux obtenir une faveur, il faut d’abord que je me fasse passer pour une victime. Les pires malhonnêtes, reconnus coupables, sont victimes… du système...

Shakespeare

Image
  Béatrice et les barbus   Beatrice . Lord ! I could not endure a husband with a beard on his face ; I had rather lie in the woollen. Leonato . You may light on a husband that hath no beard. Beatrice . What should I do with him ? dress him in my apparel, and make him my waiting-gentlewoman ? He that hath a beard is more than a youth, and he that hath no beard is less than a man.   BÉATRICE. ─ Seigneur ! Je ne pourrais pas supporter un homme avec le visage couvert de barbe. J’aimerais mieux coucher dans la laine. LÉONATO. ─ Tu pourrais tomber sur un mari imberbe. BÉATRICE. ─ Qu’est-ce que j’en ferais ? L’habiller de mes robes et en faire ma femme de chambre ? Celui qui a de la barbe est plus qu’un jouvenceau, et celui qui n’a pas de barbe est moins qu’un homme.  

Revenir à Michel Serres

Image
  Le corps ni ni   « Ni… ni… tantôt chose et personne, tantôt sujet et objet, tantôt un et multiple, naturel et culturel, mien et moi, il se métamorphose. Il devient chose comme l’ongle coupé ; il demeure personne jusque sous la torture et le viol. »   Cahiers de l’Herne .  

C’est l’IA qui commande

Image
    Entrez dans la case   Toute demande d’aide, de renseignement, ou autre, passe obligatoirement par une machine vocale ou une grille en ligne. « Grille » est le mot approprié. Accéder au site, c’est comme entrer dans un bagne. Il s’agit de renseigner la machine en cochant toutes les cases dans un ordre que seul le concepteur connaît (peut-être). Si vous avez raté une étape, retour à la case départ (mais, vous ne touchez pas 20 000 euros). Si vous ne comprenez pas une question, reste la rubrique « je ne sais pas » qui ne sera probablement pas traitée. Dans ce Monopoly cybernétique, vous vous retrouvez, de toute façon, en prison ─ sans passer par la case départ. Est-ce un jeu ? Pour qui ?   Personnellement, je déteste être enfermé dans des cases : je fais très vite de la claustrophobie. Et si je m’échappe, je me retrouve dans un labyrinthe qui n’est pas plus rassurant.   *   Il parait que ces machines intelligent...

Ça ne suffit pas comme ça ?

Image
  Un Nuremberg écologique   Après la grande défaite de la planète, quand les pôles auront fondu, que le Bangladesh aura disparu, qu’Alexandrie ne sera plus qu’un chapitre dans les livres d’histoire et que de Venise nous n’aurons plus que le souvenir de quelques notes de Vivaldi, ne faudra-t-il pas amener à la barre les responsables de ce crime contre l’humanité ? Seront convoqués : -          Donald Trump, s’il n’a pas perdu la tête d’ici là ; -          les PDG des grands groupes pétroliers ; -          tous les prix Nobel d’économie qui ont poussé au crime et ont été récompensés pour cela : Paul Krugman, Milton Friedman (il sera jugé par contumace) ; -          les techno-scientistes qui auront incité l’humanité à consommer tant et plus d’informatique en nous laissant croire que nous...

Poésie

Image
  Mauvais sang Arthur Rimbaud   L’honnêteté de la mendicité me navre. Les criminels dégoûtent comme des châtrés : moi, je suis intact, et ça m’est égal.  

Liberté

Image
    J’écris ton nom   La liberté n’est pas une conquête. Ceux qui se sont battus pour elle n’ont appris qu’à se battre, ils ne se sont pas libérés de leur propre obstination à l’atteindre, ni de leur violence. Le paradoxe est douloureux. On est toujours attaché à des déterminismes matériels, culturels, moraux, lié à son genre, à son histoire… voire à sa propre volonté farouche.    La liberté n’est pas un acquis qu’on conquiert. C’est un don que l’on reçoit. Comment le reconnaître ? Comment le recevoir ?    La liberté, la vraie, c’est le cadeau que tu me fais en me pardonnant, en ne retenant pas mes griefs contre toi . Car je suis prisonnier de mes « dettes », c’est-à-dire des torts que j’ai commis, tant que je n’en ai pas été relevé. Les créances que l’autre détient ne s’effacent que par le pardon qu’il m’accorde. Le pardon ne me délie pas de mes fautes, il transforme ma dépendance en amour, un attachement bien préférable a...

Shakespeare

Image
    Tout pour l’image     Norfolk . The purest treasure mortal times afford Is spotless reputation ; that away, Men are but gilded loam, or painted clay. A jewel in a ten-times-barr’d-up chest Is a bold spirit in a loyal brest. Mine honour is my life ; both grow in one : Take honour from me, mine honour let me try ; In that I live, and for that will I die.   NORFOLK. – Le trésor le plus pur qu’offrent nos jours mortels, C’est une réputation sans tache ; ôtez celle-ci, Et les hommes ne sont qu’un limon plaqué or, ou une argile peinte. Un joyau dans un coffre verrouillé à dix tours, C’est un cœur hardi dans une poitrine loyale. Mon honneur, c’est ma vie ; ils grandissent ensemble. Si l’on m’enlève l’honneur, c’est mon honneur de le défendre. Par lui je vis, et pour lui je suis prêt à mourir. Richard II, I, 1, 177-185.   Remplacez « honneur » par « image » et le texte prend sens aujourd’hui. Évidemmen...

Miroir de mon miroir

Image
  Soi-même comme un autre   « Saint Thomas d’Aquin définissait l’expérience de l’amour comme un mouvement qui amène à concentrer l’attention sur l’autre ‘‘en l’identifiant avec soi-même’’. » Pape François, FRATELLI TUTTI .  

Une histoire vraie

Image
  L’aborigène blanc   C’est l’histoire authentique d’un dénommé Narcisse Pierre Pelletier, né en Vendée le 1 er janvier 1844. Embarqué comme mousse à l’âge de 14 ans, son bateau fait naufrage au large de l’Australie. Abandonné sur une plage, seul, il est recueilli par les autochtones du clan Wanthaala, qui le soignent, le nourrissent et finissent par l’adopter dans leur tribu. Il apprend la langue, il est initié, il vit nu au milieu d’eux avec des scarifications ornementales sur le corps et des piercings au nez et à l’oreille droite.    Dix-sept ans plus tard, le  11 avril 1875 , Narcisse Pelletier est découvert par hasard par l’équipage d’un navire anglais. L’équipage décide de le « délivrer » de sa tribu sauvage et elle le ramène en France. Là, il est objet de curiosité. Il retrouve sa langue natale. Il subit, paraît-il, un exorcisme : on ne sait jamais… Il se marie mais n’a pas d’héritier. Il meurt à l’âge de  50 ans  le...

Révolution civilisationnelle

Image
    La révélation de la désacralisation   Jésus n’a laissé derrière lui aucune indication pour « fonder » une religion. Il a justement passé sa vie à « déconstruire » toutes les religions. Ce n’était pas pour en proposer « une meilleure ». Qu’avons-nous retenu du « message » ? Beaucoup de choses. En premier lieu, notre méfiance ─ c’est un euphémisme ─ pour les religions, faute de nous protéger contre toutes les croyances.    Aujourd’hui où plus personne ne croit à rien, nous pouvons dire que le message se révèle enfin, et il nous affole : beaucoup parlent d’Apocalypse. Et sans le faire exprès, ils ont raison. Il n’y a plus rien de sacré . Jésus était allé jusqu’à dire qu’enterrer ses parents ne présente aucun caractère de priorité, ce n’est pas un devoir incontournable ! Son travail de sape a été incroyablement (sic) efficace. C’est le château de cartes des illusions, des commentaires, des gloses de ...

Tête perdue

Image
  Mirage et chimère   « Croyez réellement une chose, elle existe. [...] Croire les yeux fermés. En sécurité dans les bras de votre règne arrive. »   James Joyce, Ulysse , 1922.  

Idiologie

Image
    Le progrès n’a plus beaucoup d’avenir   Officiellement, c’est-à-dire d’après le discours univoque que ne contestent ni le libéralisme conquérant ni les gauches modérées ou radicales, le progrès est toujours le combustible qui alimente le moteur de la société, il est le ferment de notre victorieuse civilisation, il est le même que celui qui a été chanté par les petits enfants de la III e République en blouses grises, et repris de plus belle par les prophètes du Grand Soir. Nous n’oserions sans doute pas aujourd’hui répéter sans rougir les paroles des hymnes au progrès comme ceux qui étaient encore entonnés dans les pays de l’Est avant 1989. Et pourtant ! Même si nous avons changé de vocabulaire, nous n’avons pas changé d’obsession. Qu’on pense seulement aux derniers avatars de la technologie dernier cri, à l’informatique et à toute sa connectique : c’est tout juste si on ne nous annonce pas une « révolution » tous les matins. Le moindre petit g...

Shakespeare

Image
    Portrait satirique   Holopherne* est un maître d’école qui étale un peu vite sa science. Son nom renvoie au « grand docteur sophiste, nommé maistre Thubal Holoferne », dans Gargantua de Rabelais, que Shakespeare avait lu dans la traduction de John Florio. À travers ce personnage un peu excentrique, Shakespeare se décrit lui-même avec humour.   Holofernes . This is a gift that I have, simple, simple : — a foolish extravagant spirit, full of forms, figures, shapes, objects, ideas, apprehensions, motions, revolutions. These are begot in the ventricle of memory, nourished in the womb of pia mater , and delivered upon the mellowing of occasion. But the gift is good in those in whom it is acute, and I am thankful for it. HOLOPHERNE. ─ C’est un don que je possède, simple, tout simple ! J’ai une folle et extravagante imagination, pleine de formes, de figures, de tournures, d’objets, d’idées, d’appréhensions, de mouvements et de révolutions. ...

Montaigne

Image
    La renommée   « Mille ont proposé de vaincre ou de mourir en combattant, qui ont failli à l’un et à l’autre. » Essais , II, 21.  

Shakespeare

Image
    Vanité des puissants   Rentrant victorieux de France, le roi Jean veut se faire couronner à nouveau, au grand dam des Lords de sa cour.   Salisbury . To be possess’d with double pomp, To guard a title that was rich before, To gild refined gold, to paint the lily, To throw a perfume on the violet, To smooth the ice, or add another hue Unto the rainbow, or with taper-light To seek the beauteous eye of heaven to garnish, Is wasteful, and ridiculous excess.   SALISBURY. – Redoubler la pompe qu’on a déjà, Renforcer un titre qui était brillant, Redorer l’or qui a été raffiné, repeindre le lis, Projeter du parfum sur la violette, Polir la glace, ou ajouter une couleur À l’arc-en-ciel, ou illuminer L’œil magnifique du ciel pour tenter de l’embellir, C’est un débordement de gâchis ridicule.   King John, IV, 2, 9-16.  

La planète en feu

Image
  Les incendiaires et les pyromanes   Les incendiaires et les pyromanes sont des criminels. Détruire une forêt, c’est un crime contre la planète, en tuant du vivant, flore et faune. Les psychiatres nous expliquent les mille et une « bonnes » raisons qu’ont les pyromanes de détruire par le feu. Il s’agirait d’une pulsion incontrôlable. Mais encore ? Pourquoi cette pulsion primitive conduit-elle à faire le mal plutôt que le bien ? Il y aurait donc au fond de l’être, au fond de l’âme, un nœud de violence inextinguible qui ne demande qu’à se rallumer. Le mal n’est pas mimétique, mais une fois manifesté, il est imité mécaniquement. C’est ainsi que d’une exception il devient la règle. « Ma haine et mon amour sont en conflit ouvert », disait Shakespeare, ‘Such civil war is in my love and hate’ (sonnet 35)    Qu’en est-il de la conscience des fauteurs ? Elle est bien active puisque tous se cachent pour commettre leurs méfaits, ils se dissimulent, parfois pour mieux obs...

Reliés

Image
    Notre degré de relation à l’humanité   « La révélation foudroyante des bouleversements que nous subissons est que tout ce qui semblait séparé est relié. » Edgar Morin, Un festival d’incertitudes , 2020.   Tous les humains de la planète ne sont pas à une distance infinie de moi. Ils sont très proches au contraire. À quelques poignées de main.    Les  six degrés de séparation  (aussi appelée  théorie des six poignées de main ) est une théorie qui évoque la possibilité que toute personne sur Terre peut être reliée à n’importe quelle autre au travers d’une chaîne de relations individuelles comprenant au maximum six maillons. Avec le développement des technologies de l’information et de la communication, le degré de séparation a été mesuré  à 4,74  sur le réseau social Facebook en 2011, 3,5 degrés en 2016 et  à 6,6  sur l’échange de plusieurs milliards de messages instanta...

IA !

Image
    Le vide   Non, « l’intelligence » artificielle n’est pas intelligente.   Reconnaissons-le, un avion ne pourrait ni décoller ni atterrir sans l’aide de formidables ordinateurs qui s’ajustent aux conditions physiques, météorologiques, de l’opération. Un malheureux pilote, même une bonne équipe de pilotage, ne feraient pas l’affaire. Alors, oui, l’informatique est utile et elle dépasse les capacités des cerveaux humains dans des situations précises. Mais pour autant, il ne s’agit pas d’intelligence, il s’agit seulement de calculs . Les ordinateurs, comme les data centers, sont d’énormes calculettes.    Quand il faut maintenant produire du « contenu », comme ils disent, la soi-disant intelligence débite des masses de statistiques, des données compilées, réduites en miettes et collées bout à bout. Son adaptation « à la demande » est quasi nulle, puisqu’elle est programmée pour répondre au désir (supposé) du demand...

Simone Weil

Image
    La force est ce qui fait de quiconque lui est soumis une chose.   « La force qui tue est une forme sommaire, grossière de la force. Combien plus variée en ses procédés, combien plus surprenante en ses effets, est l’autre force, celle qui ne tue pas ; c’est-à-dire celle qui ne tue pas encore. Elle va tuer sûrement, ou elle va tuer peut-être, ou bien elle est seulement suspendue sur l’être qu’à tout instant elle peut tuer ; de toutes façons elle change l’homme en pierre. Du pouvoir de transformer un homme en chose en le faisant mourir procède un autre pouvoir, et bien autrement prodigieux, celui de faire une chose d’un homme qui reste vivant. »   L’Iliade ou le poème de la force (1941)  

Un bouc émissaire en une minute

Image
    L’histoire triste d’une barre de chocolat L’autre jour, j’ai acheté une barre de chocolat, J’en ai mangé la moitié et j’allais jeter le reste… Quand j’ai vu ce gamin qui jouait dans la rue ; J’ai dit « Hé, gamin ! tu veux un truc à manger ? » Il a dit « Quoi ? » J’ai dit « Du chocolat, fiston. » Il a dit « Au secours » et il est parti en courant. Je suis resté planté là, à le regarder partir… La demi-barre de chocolat fondant entre mes doigts.   Voilà le gamin qui revient au bout d’une minute, Mais avec sa mère, et aussi des voisins. Ils ont fichu à trouille à l’enfant, ça saute aux yeux. Ils disent « Qui c’est qui a fait ça ? », il me montre du doigt. Il dit « Lui ! ». Alors, je dis « Qu’est-ce que tu veux dire ? » Il dit « Toi ! » et il se met à hurler. Je ne bouge pas. Tout le monde regarde. Tout le monde a les yeux fixés… sur moi ! Salut la société ! Vous attendez tous l’autobus ? Il commence à se faire tard, on dirait. Y ...