Victimes et bourreaux
La victime n’est pas plus grande
que son bourreau
Ceci est une
variante de la phrase célèbre de Jésus : « Le serviteur n’est pas
plus grand que son maître. » (Jean 13, 16) Quand Jésus s’adressait à ses
disciples, il voulait leur faire comprendre que tous les humains sont égaux.
Incidemment, il signifiait que cette égalité ne donnait pas de droits
supplémentaires aux petits. « Les premiers seront les derniers »
n’est pas non plus un système de rétribution ni de vengeance. Les premiers et
les derniers seront traités pareil, ils sont égaux.
La perversion du christianisme (plutôt de son application) a consisté à
inverser les hiérarchies. On croit volontiers aujourd’hui que les victimes ont
des droits exorbitants. Je suis victime, tu me dois quelque
chose. Mieux encore, si je veux obtenir une faveur, il faut d’abord que je me
fasse passer pour une victime. Les pires malhonnêtes, reconnus coupables, sont
victimes… du système judiciaire, disent-ils. Ce délire ─ il s’agit à proprement
parler d’un délire ─ conduit à des revendications sans fin, et développe le
sentiment de persécution si répandu aujourd’hui. Les réseaux sociaux sont
pleins de lamentations infondées : on ne fait rien pour moi !
Jésus s’est offert, lui, comme victime innocente. Voilà le modèle. Qui
peut se prétendre innocent ? Comment s’accorde-t-on à soi-même un
certificat d’innocence ? Les « persécutés » d’aujourd’hui ne
comprennent même pas cette question.

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