Idiologie

 

 

Le progrès n’a plus beaucoup d’avenir 

Officiellement, c’est-à-dire d’après le discours univoque que ne contestent ni le libéralisme conquérant ni les gauches modérées ou radicales, le progrès est toujours le combustible qui alimente le moteur de la société, il est le ferment de notre victorieuse civilisation, il est le même que celui qui a été chanté par les petits enfants de la IIIe République en blouses grises, et repris de plus belle par les prophètes du Grand Soir. Nous n’oserions sans doute pas aujourd’hui répéter sans rougir les paroles des hymnes au progrès comme ceux qui étaient encore entonnés dans les pays de l’Est avant 1989. Et pourtant ! Même si nous avons changé de vocabulaire, nous n’avons pas changé d’obsession. Qu’on pense seulement aux derniers avatars de la technologie dernier cri, à l’informatique et à toute sa connectique : c’est tout juste si on ne nous annonce pas une « révolution » tous les matins. Le moindre petit gadget ajouté à un téléphone cellulaire est présenté comme un « bond en avant », une promesse enfin tenue, le signe tangible des progrès de l’intelligence. Les enfants sont les premières dupes de cette logorrhée médiatiquement orchestrée. Et ils le sont parce que les marchands veulent qu’ils le soient. Le discours d’accompagnement de toutes ces pseudo-révolutions technologiques est censé se fonder sur l’extraordinaire appétit des jeunes pour ces produits, et sur leur miraculeuse capacité d’adaptation aux techniques nouvelles… Ont-ils seulement le choix d’autre chose ? À quoi les enfants ne s’adaptent-ils pas ?

Extrait de mon essai Et mon tout est un homme.

 

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