Réflexe archaïque

 

 

À qui la faute ? 

La canicule s’abat sur nous comme une calamité. Elle est perçue, par beaucoup, comme une punition tombée du ciel (ce n’est pas une image). Notre cerveau archaïque perd sa logique et s’en prend aux dieux que nous avons chassés du firmament depuis longtemps.

   Le réflexe est immédiat : trouver un coupable. Nos connaissances, notre éducation, la multiplication des informations qui relient la science et convoquent les spécialistes, n’y peuvent rien. Nous savons, globalement (ceci n’est toujours pas une image), que c’est notre civilisation dévoreuse d’énergie qui est responsable, c’est donc nous, tous ensemble, qui sommes coupables.

   Qu’à cela ne tienne ! Se trouvent accusés, en vrac, le trafic aérien, les transports routiers, l’industrie du tourisme, la climatisation, le gouvernement, le président de la République ! Nous oublions, par ruse, notre mode de vie moderne, acquis ou imposé, c’est-à-dire le monde informatique, ses data centers, les usages effrénés des écrans. Les tonnes de CO2 rejetés dans l’atmosphère pour le simple fonctionnement de l’IA se comptent déjà par centaines de milliards, et ces rejets sont en « croissance » chaque année. Marcher dans la rue en manipulant convulsivement son téléphone est proprement criminel pour la planète ! Mais chut, il est interdit de le dire, sous peine de passer pour un affreux réactionnaire… Comme toujours, dans chaque crise, c’est bien notre cerveau archaïque qui nous gouverne.

   Évidemment, les riches, plus gourmands que les pauvres, sont de graves pollueurs. Mais ils ne veulent surtout pas culpabiliser. Les dirigeants des grandes compagnies énergétiques, parmi lesquelles on compte Total, se défaussent sur les petits consommateurs que nous sommes tous, et disent que c’est à nous ─ qui les faisons prospérer ─ de payer la transition écologique. Ce sont les propos mêmes de Patrick Pouyanné, PDG de Total Énergie. Les riches ne veulent pas voir leurs super bénéfices taxés, en partie assurés par une spéculation qui n’a rien à voir avec une production réelle. Ne taxons donc pas les profiteurs, mais plutôt ceux qui les paient en achetant leurs produits, pour qu’ils puissent, justement, profiter de l’économie de marché.

   Ce n’est jamais la faute de Caïn s’il a tué Abel. Son frère l’a bien cherché, après tout !



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