Archaïsme
Le retour des pierres : démocratie et violence en 2026
Extrait de LE BLOG L’ÉMISSAIRE du 23 juin 2026
par Rémy Verlyck
Il faut regarder sans romantisme certaines scènes contemporaines. Les
grandes célébrations collectives, notamment sportives, devraient être des
moments de communion civique. Une victoire de football, surtout lorsqu’elle
concerne un club devenu symbole mondial d’une capitale, devrait rassembler des
gens très différents dans une joie commune. La foule descend dans la rue, non
pour contester, mais pour célébrer. Les drapeaux, les chants, les maillots, les
monuments illuminés devraient produire une appartenance provisoire, une
fraternité de quelques heures, quelque chose comme une petite fête nationale
sans doctrine.
Or il arrive désormais que ces
moments de joie soient pris par des minorités actives comme des occasions de
destruction. Il faut le dire avec prudence : il ne s’agit pas de confondre une
foule festive avec quelques groupes violents, ni d’accuser indistinctement « la
jeunesse ». La plupart des gens veulent célébrer, chanter, rentrer chez
eux, garder une photo sur leur téléphone et un souvenir heureux. Mais
précisément, le surgissement de la violence au cœur même de la fête dit quelque
chose. Il révèle que, pour certains, la scène commune n’est plus d’abord une
promesse d’appartenance, mais une surface d’affrontement.
La violence ne réclame même pas
toujours explicitement justice. Elle casse. Elle met le feu. Elle arrache. Elle
rend visible une rage qui ne trouve plus de langage politique. Elle revient aux
pierres.
La crise démocratique
contemporaine ne réside donc pas seulement dans l’abstention, la défiance
envers les partis ou le discrédit des élites. Elle réside dans la perte
d’efficacité symbolique des formes communes. Les réseaux sociaux, quant à eux,
accélèrent tout : colère, imitation, humiliation, contagion, désir de
spectacle. Ils fabriquent des foules sans durée, des lynchages sans conclusion,
des indignations sans purification. L’ancien sacrifice refermait provisoirement
la crise ; nos sacrifices médiatiques et urbains la relancent sans cesse.

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