Poésie

 


Enfermé

 

   Toute ma vie, j’ai vécu dans une noix de coco.

   C’était plutôt réduit et sombre.

   Surtout le matin quand je devais me raser.

   Mais ce qui était le plus dur c’était que 

je n’avais aucun moyen d’entrer en contact 

avec le monde extérieur.

   Si personne, à l’extérieur, ne découvrait 

jamais la noix de coco,

   Si personne ne la brisait, j’étais alors condamné à vivre

toute ma vie dans la noix de coco, et peut-être à y mourir.

   Je suis mort dans la noix de coco.

   Quelques années plus tard, des gens ont trouvé la noix

de coco, ils l’ont ouverte, et m’ont trouvé tout coincé

et ratatiné à l’intérieur.

   « Quel malheur ! »

   « Si nous l’avions trouvé plus tôt… »

   « Alors peut-être l’aurions-nous sauvé. »

   « Il y a en a peut-être d’autres qui sont enfermés comme ça… »

   « Et que l’on pourrait sauver »,

dirent-ils, et ils se mirent à casser toutes les noix de coco

à leur portée.

   Inutile ! Absurde ! Une pure perte de temps !

   Quelqu’un qui choisit de vivre dans une noix de coco !

   On ne trouve pas un tel ballot sur un million d’individus !

   Pourtant j’ai un beau-frère

qui, lui, vit dans un

gland. 

Ingemar Gustafson (1928-2011)

 



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