Shakespeare

 

 

No comment 

Écrire, lire, comprendre, il ne faut pas mélanger les différentes activités. Il est un temps pour l’œuvre (celui, très long, de l’écriture), un autre pour la découverte (celui très resserré de la lecture) et un autre encore pour l’exploration dans le détail (pour peu qu’on ait l’âme d’un spéléologue, ou d’un relecteur passionné).

   Pour ma part, je me suis attaché à publier ma traduction des Sonnets sans notes, ni non plus mon anthologie intitulée Le petit penseur de Shakespeare, ni ma dernière traduction Les deux Guillaume. Quand je présente Le petit penseur à des lecteurs potentiels (dans des salons du livre), je leur dis que le commentaire, c’est à eux de le faire, ils sont co-auteurs de l’œuvre en quelque sorte. Je les invite à une lecture « interactive » ─ on dit « immersive » aujourd’hui ─, mais je ne leur donne pas de consigne. Ce faisant, je fais la même chose que Shakespeare. Il présentait son théâtre sans préface, sans postface, sans interview dans la presse. Il reconnaît lui-même qu’il tendait un miroir au public ─ ‘The play’s the thing !’, dit Hamlet avant la représentation de La Souricière. Le procédé est particulièrement clair dans les monologues, qui sont très nombreux, mais qui ne sont pas des monologues, plutôt des dialogues avec le public, la voix de leur conscience ─, et Shakespeare semblait leur dire : vous vous êtes reconnus, tant mieux, vous ne vous êtes pas reconnus, tant pis. Il reprenait, je crois très consciemment, la formule de Jésus : « Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. »

   Cela dit, je ne me suis jamais privé du plaisir des commentaires. Et quand j’ai publié ma monographie sur les Sonnets chez L’Harmattan, je ne suis répandu sur 768 pages. Et je ne commente que les seuls sonnets ! J’ai quand même réussi à vendre 150 exemplaires de ce pavé. Ai-je eu 150 lecteurs, et m’ont-ils lu jusqu’au bout ? Le mystère est total et ce mystère ne me déplaît pas. Que ceux qui ont des yeux pour lire…

 

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