Bonne feuille
Épilogue*
Il fut étonné, au matin, de reprendre
ses rituels favoris avec une facilité déconcertante. Il se mit en route pour
l’hôpital avant huit heures. Le soleil était frais. Le ciel était d’une
limpidité exceptionnelle, un ciel d’innocence. En marchant dans les rues qui
s’animaient comme chaque matin, il se surprit à observer son environnement avec
une attention nouvelle, plus soutenue qu’à l’accoutumée. La vie vibrait
partout, tout autour de lui. Comme les gens étaient actifs ! Propres dans
leurs tenues fraichement repassées. Les enfants lui parurent plus espiègles et
plus rieurs que jamais. La petite foule de Saint-Louis, ce monde en miniature
qu’il connaissait bien, allait et venait, pressée par quel besoin ?
François pensa : par quel désir ? Les hommes semblaient danser en
marchant. Les femmes étaient belles, souples, douces, émouvantes.
En chemin, François fut interpellé : « Docteur La
Marck ! » Il sursauta, se retourna et ne vit pas tout de suite qui
l’avait apostrophé. Un homme s’approcha et dit :
― Vous ne vous souvenez pas de moi ?
J’ai été opéré l’année dernière après un accident de voiture et c’est vous qui
m’avez endormi. Tu es venu me voir quand je me suis réveillé et tu m’as parlé
longtemps pour me rassurer…
François dit « Oui », il sourit, il n’était pas très sûr de se
souvenir.
― Tu vois, ajouta l’homme, je vais bien.
Je marche. Merci, docteur.
Et il s’éloigna d’un air joyeux.
Devant l’hôpital, le mendiant qui d’ordinaire tendait la main tristement,
apercevant François, lui lança « Nanga def ? » d’une voix claire
et chantante. « Nanga def », répondit François, machinalement.
Le chemin qu’il avait parcouru était-il une initiation ? Il se dit
qu’il serait toujours temps de le savoir, le moment viendrait, pour l’instant
il était trop tôt, il se sentait investi de tant d’espérances.
C’était comme un rêve, comme si l’île tout à coup s’était détachée et voguait sur le fleuve, doucement, et se dirigeait vers la haute mer. Sous le ciel sans défaut, la promesse était exaltante. Il était cette île bercée par un fleuve sage et régulier. François était apaisé. La douceur qui l’environnait était belle comme l’enfance.
* Épilogue de mon roman Une île sur le fleuve,
L’Harmattan.

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