Gouvernance
L’usure du vouloir
Elle est différente de l’usure du pouvoir.
Ce dernier est coutumier. Les citoyens se lassent vite des « chefs »
qu’ils se sont choisis. C’est un classique des sondages que d’évaluer en
combien de temps un leader perd de son audience. Pour ne pas voir sa
popularité entamée, il suffit de tricher avec les élections. Champion toutes
catégories, Poutine ne craint rien et se croit capable de durer jusqu’en
2036 ! Les leaders Chinois n’ont rien à craindre non plus, le
peuple de la République Populaire n’a pas son mot à dire…
L’usure
du pouvoir est également visible dans l’exercice du pouvoir. L’exemple le
plus pathétique a été celui de François Mitterrand. Plus que sa maladie, c’est
la longueur de son double mandat (14 ans !) qui a ruiné sa fin. Les
scandales se sont multipliés. Lui-même ne « savait » plus gouverner…
jusqu’à choisir Bernard Tapie comme Ministre de la ville.
Même les
huit ans du Président américain sont longs. C’est à l’État de se maintenir, pas
au candidat. Ce que la dernière administration Trump semble complètement
ignorer.
L’usure
du vouloir, c’est autre chose. On a l’impression, à la vue des leaders
qui se maintiennent au pouvoir sur des décennies, que leur volonté est intacte.
Ceci n’est qu’une apparence. Il s’agit au mieux d’une obstination, d’un désir
de ne pas perdre, de la crainte de s’avouer vaincu, de ne pas reconnaître qu’il
faut céder la place, de se sentir déclassé. Après avoir connu « les
honneurs », y renoncer fait peur, ou simplement fait mal. L’homme
(l’individu) se gaspille dans l’exercice des responsabilités. Écoute-t-il
encore ses conseillers ? Comment les choisit-il ? Comment les
différencie-t-il des courtisans et des flatteurs que le pouvoir toujours attire
et fascine ? L’apparence, l’apparat, le mirage de l’étiquette ruinent les
esprits les plus forts :
Angelo. O
place ! O form !
How often dost thou with thy case, thy habit,
Wrench awe from fools and tie the wiser souls
To thy false seeming !
ANGELO. –
Ah, la position ! Le protocole !
Combien de
fois le rang, l’apparat
Imposent la
crainte aux sots et ligotent les plus sages
Avec des
faux-semblants !
Mesure pour mesure, II, 4, 12-15.
Que dire des chefs non rééligibles,
les rois, le pape ? Ils peuvent pareillement perdre le goût de l’exercice
(comme Benoît XVI). Mais dans leurs mandats, ils ne souffrent pas de la
concurrence ou de l’angoisse de la prochaine campagne. Peut-être peuvent-ils
être plus sereins.

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