Mimétisme exacerbé
La calamité de la concurrence
Et si au lieu de passer par des joutes,
des affrontements face à face, des duels même ritualisés, nous concevions un
système où les passes d’armes seraient réduites au minimum, où le pouvoir
serait vraiment inamovible, donc pas « monnayable » ? Dans nos
démocraties, hélas, nous ne sortons jamais des rivalités cycliques, des
batailles frontales, des campagnes permanentes (qui n’est pas déjà
candidat potentiel pour 2032 ?). Cette guerre en modèle réduit est
lassante. Permet-elle de mettre en avant « les meilleurs » ? Les
Américains n’ont pas échappé à Donald Trump, ni les Anglais à Boris Johnson, ni
les Italiens à Sergio Berlusconi…
Évidemment, le système démocratique, avec ses élections régulières et ses
gouvernements renversables, est le moins pire de tous. Même avec tous leurs
défauts récemment révélés, les États-Unis ne sont pas la Chine.
Il n’empêche que nos démocraties n’ont pas su se protéger des potentats
détenteurs des vrais pouvoirs, que sont les milliardaires : ils
dirigent le monde sans avoir été élus, et sans avoir de compte à rendre à
personne. Et avant d’être déchus de leurs trônes, c’est-à-dire ruinés, ils ont
le temps de mettre de côté tous leurs profits, accumulés sur le dos des petits,
dans des paradis fiscaux, dans des banques complaisantes, ou bien ils les ont
convertis en cryptomonnaies.
Pour contourner les conflits mimétiques, comment échapper à la
compétition ? Les hommes politiques qui assouvissent leur orgueil dans des
carrières tapageuses ne font pas de bons leaders (de bons guides). À
l’inverse, on connaît, dans l’histoire récente, deux grands hommes historiques
qui ne voulaient pas être présidents de leur pays et qui ont donné le meilleur
à leurs concitoyens : Václav
Havel et Nelson Mandela. La « chance » qu’ils ont eue est
d’avoir évité les pièges de leurs propres ambitions.
Un système de tirage au sort, comme sont choisis les jurés dans un
tribunal, pourrait nous préserver des calamités engendrées par des ego
surdimensionnés et l’orgueil personnel. La liste des postulants pourrait être
constituée de volontaires.
C’est une suggestion.
Enfin, pour désamorcer l’appétit des
aspirants aux charges suprêmes, il serait peut-être judicieux de retirer à
celles-ci toute la pompe et la gloire qui entourent la fonction et font du
Président un être quasi sacré. « Le
monde est toujours abusé par l’apparat », avait remarqué Shakespeare (Le
Marchand de Venise).

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