Mimétisme

 

 

La peur de la ressemblance 

Comment éviter les pièges de l’indifférenciation ? Notons qu’elle est déjà partiellement universelle (pardon pour cette espèce d’oxymore). Nous nous habillons tous pareils, nous écoutons les mêmes musiques, nous jouons aux mêmes jeux vidéo, les réseaux sociaux sont complètement planétaires (sauf dans les dictatures qui les censurent), rien ne ressemble plus au rap malien que le rap afghan ! Le « besoin d’universel » est fort partout, et il se manifeste dans l’exhibition de nos différences. « Une apologie de la différence pour la différence […] rend toutes les différences indifférentes », ironise Paul Ricœur (Soi-même comme un autre, 1996). Le combat pour la différenciation extrême, exclusive, est déjà perdu. L’unité de l’espèce s’est déjà faite dans nos têtes. Qu’attendons-nous pour l’embrasser ? Comment renoncer à « la préférence culturelle », « la préférence communautaire », « la préférence nationale » ? Comment se libérer de cette pesanteur archaïque ? En visant plus haut, en regardant plus loin. Il s’agit de réaliser l’unité non pas contre les autres, mais avec les autres. Nous allons devoir concevoir des jeux sans gagnants, sans médaille et sans podium. Sans match retour non plus. Il serait bon de généraliser ce que les Africains d’Afrique de l’Ouest appellent l’alliance à plaisanterie qui désamorce toutes les rivalités par le rire et la moquerie (jamais méchante). La gaieté est contagieuse, comme un fou rire. Pourquoi séparer « eux » de « nous » ? Ce sont les mêmes ! 

Extrait de mon essai Nio Ko Bokk et le monde ira à mieux, à paraître.

 

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