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Affichage des articles du mai, 2025

Toujours d’actualité

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    La propagande nazie au quotidien : appauvrir la langue pour contrôler la pensée   «  Hitler a décrété récemment : je ne suis pas un dictateur, j’ai seulement simplifié la démocratie  », écrit Victor Klemperer* dans son journal.    Ce brillant universitaire juif allemand qui, par miracle, échappa à la Shoah, fut l’observateur méticuleux du quotidien sous le régime nazi ; il en a décortiqué la langue, ses manipulations, son cynisme et ses mensonges.   *Philosophe allemand (1881-1960), spécialiste du décryptage de la novlangue nazie.  

État de l’homme

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    Responsables ensemble   «  Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites  », dit Jésus (Matthieu 25, 40). On a généralement tendance à interpréter cette phrase comme une invitation à la charité. En gros : un bienfait n’est jamais perdu.    Cela est juste. Mais avec les propos de Jésus, il faut toujours retourner la phrase et voir son contraire pour la comprendre complètement. Simone Weil disait justement, dans La Pesanteur et la Grâce  : « Méthode d’investigation : dès qu’on a pensé quelque chose, chercher en quel sens le contraire est vrai. » L’ inversion du propos de Jésus est redoutable. Traduisons : tout le mal que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites . Le mal au sens large, l’injustice, la souffrance infligée, l’insulte, la calomnie, toute expression de la haine (notre quotidien) est une faute contre le Créateur. On comprend pourqu...

Mimétisme

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  Les moutons   « Notre monde est plein de copistes et de répétiteurs, il les comble de fortune et de gloire. Mieux vaut interpréter que composer, mieux vaut tenir une opinion sur un partage déjà fait qu’inventer son propre œuvre. Le malheur du temps est le naufrage du nouveau dans le duplicata, le naufrage de l’intelligence dans la jouissance de l’homogène. » Michel Serres, LE PARASITE, 1977.  

Miserere

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    Devoir de mémoire, disent-ils. En ont-ils bien mesuré les feintes ?   «  Souviens-toi de ton futur.  » Le Talmud   Le devoir de mémoire n’est pas un ressassement pour gâteux nostalgiques. Si nous sommes incapables de nous souvenir de l’Histoire du monde, quelle responsabilité avons-nous dans la Création du monde ?    La responsabilité va avec une forme assumée de culpabilité. Ce dont nous avons à nous souvenir est précisément ce que nous souhaitons expulser dans les poubelles de l’Histoire. Ainsi doit-on accepter d’être « français » en sachant que ce sont nos ancêtres qui ont aidé les nazis à exterminer les Juifs ; et les mêmes qui célébraient la victoire sur le nazisme le 8 mai 1945 en massacrant des Algériens à Sétif. Et ce sont nos ancêtres encore plus lointains qui ont esclavagisé l’Afrique pour s’enrichir et construire la belle Europe prospère dont nous sommes si fiers.    Plus vous êtes ...

Shakespeare

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    Une femme violente Queen Margaret . Bear with me : I am hungry for revenge, And now I cloy me with beholding it. Thy Edward he is dead, that killed my Edward ; Thy other Edward dead, to quit my Edward ; Young York, he is but boot, because both they Matched not the high perfection of my loss. Thy Clarence he is dead that stabbed my Edward ; And the beholders of this frantic play, Th’ adulterate Hastings, Rivers, Vaughan, Grey, Untimely smother’d in their dusky graves. Richard yet lives, hell’s black intelligencer, Only reserv’d their factor to buy souls And send...

Boucs émissaires

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    Monument de l’artiste-sculpteur canadien Timothy Schmalz, place Saint Pierre, au Vatican.   La folie anti-migrants   Il y a plus de 300 millions de personnes déplacées dans le monde. Cela représente près de 2,5% de la population mondiale. C’est ce que révèlent les statistiques en matière de « mobilité humaine », comme le disent pudiquement les « experts ». La guerre, prioritairement, les catastrophes climatiques, la famine endémique sont les « causes » principales de ce déplacement de la misère. On peut ajouter l’injustice et la répartition très inégale des richesses – là aussi, c’est un euphémisme.    On comprend que les nantis, les un-peu-moins-mal-lotis, les privilégiés s’en inquiètent. Parmi ceux-là, ce sont les plus conservateurs, les plus attachés à leurs racines, à leur terre, à leur glaise, qui font un dogme de rejeter les exilés, ces pauvres vagabonds qui ont quitté, eux, leur terre et leur glaise, dévo...

Mimétisme

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C’est ma story   Mes influenceurs   Le problème des « influenceurs médiatiques » qu’on trouve sur « les réseaux », c’est qu’ils sont généralement vulgaires, agressifs, prétentieux, et surtout très bêtes. Leurs petits numéros improvisés sont faciles. Comment peut-on être gogo au point de les « admirer » ? C’est à croire que le commun des mortels se choisit des modèles les plus communs possible pour éviter l’effort de tendre vers quelque chose d’un peu plus grand que soi. Cette absence d’élévation, de désir authentique, ramène leur univers mental à la platitude des mauvaises herbes.    Mes influenceurs sont Jésus, William Shakespeare, Michel Serres, Blaise Pascal, Hannah Arendt, Verlaine et Rimbaud, Albert Camus, James Joyce, Simone Weil…    

Le vaniteux

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      Le Petit Prince CHAPITRE XI      La seconde planète était habitée par un vaniteux :    ─ Ah ! Ah ! Voilà la visite d’un admirateur ! s’écria de loin le vaniteux dès qu’il aperçut le petit prince.    Car, pour les vaniteux, les autres hommes sont des admirateurs.    ─ Bonjour, dit le petit prince. Vous avez un drôle de chapeau.    ─ C’est pour saluer, lui répondit le vaniteux. C’est pour saluer quand on m’acclame. Malheureusement il ne passe jamais personne par ici.    ─ Ah oui ? dit le petit prince qui ne comprit pas.    ─ Frappe tes mains l’une contre l’autre, conseilla donc le vaniteux.    Le petit prince frappa ses mains l’une contre l’autre. Le vaniteux salua modestement en soulevant son chapeau.    ─ Ça c’est plus amusant que la visite au roi, se dit en lui-même le petit prince.           Et il recomme...

Évolution ou dégradation ?

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    Quel français parlez-vous ?   La langue française a ceci de particulier qu’elle est accentuée, à l’oral, sur les dernières syllabes des mots, ou groupe de mots, ou sur les avant-dernières, si le mot se termine par un e muet. C’est sur cette base, multi-centenaire, que s’est construite notre poésie, et notamment l’inimitable alexandrin : ◡ ◡ ─ ◡ ◡ ─ ◡ ◡ ─ ◡ ◡ ─   Ainsi dit-on  merveil leux , quand les Anglais disent mar vellous .    Mais les communicants d’aujourd’hui ont changé la règle. Il est désormais de bon ton (sans doute) d’accentuer les mots sur la première syllabe, pour avoir l’air plus convaincu de ce que l’on dit. Ainsi, si vous êtes une per sonne res ponsable et de con viction, vous devez ac centuer les mots sur la pre mière syl labe. Ce qui est complètement artificiel. Il est nécessaire, et bien vu (ou bien entendu), de prendre une petite respiration avant l’accentuation, comme devant un h aspiré : cela augm...

Portfolio

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    Chevelures  : nature et culture              

Girard en danger

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    René Girard à la rescousse des néolibéraux américains ?   Un article du Financial Times du 10 mai 2025* s’interroge sur la récupération de René Girard par la droite américaine. L’article s’intitule Comment un critique littéraire de petite renommée est devenu un chef de bande de la droite US , et il est remarquablement écrit. L’auteur a manifestement tout lu de Girard, jusqu’à la biographie de Benoît Chantre qu’il cite dans son article.    L’analyse qui est faite de la théorie mimétique est pointue, bien condensée, jamais caricaturée. Tout y est exposé clairement, du désir rivalitaire à la nécessité de trouver des boucs émissaires pour sortir des crises. La droite américaine (mais elle n’est pas la seule) puise dans la théorie mimétique des arguments pour justifier la compétition forcenée du capitalisme et elle trouve dans le « mécanisme victimaire » l’application de la « loi » darwinienne de l’élimination des plus faibles...

Shakespeare

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  Non coupables   Polixenes . We were as twinn’d lambs that did frisk i’ the sun, And bleat the one at the other : what we chang’d Was innocence for innocence ; we knew not The doctrine of ill-doing, nor dream’d That any did. Had we pursued that life, And our weak spirits ne’er been higher rear’d With stronger blood, we should have answer’d heaven Boldly, ‘not guilty’ ; the imposition clear’d Hereditary ours.   POLIXÈNES. ― Nous étions comme des agneaux jumeaux      qui folâtraient au soleil, Et nous bêlions l’un après l’autre : ce que nous      échangions, C’était innocence contre innocence ; nous ne savions pas Ce que commettre le mal voulait dire, et nous      n’imaginions pas Que quiconque y eût jamais pensé. Si nous avions      toujours vécu ainsi, Si nos faibles esprits n’avaient jamais été poussés Par un désir plus ardent, nous aurions pu répondre   ...

Poésie

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              Recherche ce qui est rare      Le pardon      La bonté      L’entente, l’harmonie      La grâce inespérée      Le don gratuit      Une promesse tenue      La fidélité      Un sourire que l’on n’a pas sollicité      La douceur, la légèreté      Un souvenir revenu comme son argent qu’on croyait perdu      Une caresse passagère      Un baiser accordé      Une jolie faiblesse, un abandon      Un consentement      Une attente longue et pleine      Ne compte que sur l’espérance  

Les liens

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  Le football   La partie commence, comme une tragédie destinale, comme un combat qui doit décider des dieux et des vaincus : alors le ballon se met à jouer, il joue à assembler, désassembler, grouper et disséminer des sujets qui n’ont pour but que de faire courir le ballon. Ce n’est plus seulement le corps, c’est le groupe entier qui tourne autour de lui ; comme la navette du tisserand, c’est lui qui trace de haut en bas, de droite à gauche, ce lacis vivant, ce treillis à toute épreuve, qui constitue l’esprit d’une société.   Michel Serres, Cahiers de formation , tome XIII.  

La vérité

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    Nommer les méchants   «  Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde !  »                                                                          Albert Camus   À quoi correspond cette pudibonderie médiatique qui consiste à appeler les bourreaux qui martyrisent la planète par des euphémismes tels que « souverainistes », « populistes », « leaders autoritaires », « radicaux », voire « libéraux » ? Quelle précaution de langage est-ce là ? Quelle protection doit-on accorder à des individus nuisibles à l’humanité ?    Risquons-nous à dire quelques vérités. Donald Trump est un fasciste qui lutte contre la culture, l’éducation, la libre expression, il a même tenté une espèce de putsc...

Shakespeare

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                                  Sonnet 146   Poor soul, the centre of my sinful earth, ... ... ... these rebel pow’rs that thee array, Why dost thou pine within and suffer dearth, Painting thy outward walls so costly gay ? Why so large cost, having so short a lease, Dost thou upon thy fading mansion spend ? Shall worms, inheritors of this excess, Eat up thy charge ? Is this thy body’s end? Then soul, live thou upon thy servant’s loss, And let that pine to aggravate thy store ; Buy terms divine in selling hours of dross : Within be fed, without be rich no more.    So shall thou feed on death, that feeds on men,    And death once dead, there’s no more dying then.     Pauvre âme, placée au centre de mes péchés, [Abreuvée] de désirs dissidents et puissants, Pourquoi gémir en secret et crier famine, Quand tu peins, à grands frais, tes mur...

Enfance

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    Enfants artistes   Les enfants sont naturellement artistes. Leur accès à la musique, aux images, leur don spontané pour le mouvement les rendent potentiellement aptes à tous les arts. Ce sont des dessinateurs nés, des acteurs nés, des danseurs nés, des chanteurs nés. Qu’est-ce que l’éducation vient casser pour que tous leurs talents (ou presque) s’évanouissent ? « C’est [chaque fois] Mozart qu’on assassine… » Je pourrais dire combien d’artistes potentiels sont passés devant moi, et qui ont été irrémédiablement « assassinés ».    L’enfant est une personne qui ne demande qu’à advenir. L’enfant est un être voué . On est loin de la fabrique de petits êtres doués , comme en rêve notre école d’aujourd’hui ou dans laquelle se projettent des parents obsédés de compétition. Le maître n’a pas à se soucier de savoir en quoi son élève est doué, mais à quoi il est voué. Bien que cette vocation soit complètement personnelle, unique, sing...