Naissance et fin des religions

 

 

Vacillement

 « Puisque ces mystères me dépassent, feignons d’en être l’organisateur. »

Jean Cocteau, Les mariés de la Tour Eiffel.

 

Dans son essai Et si les religions racontaient l’humanité ?*, Marc Petel suggère que 1. « La religion est une explication », 2. « La religion réconforte », 3. « La religion fonde l’ordre social », 4. « La religion est une illusion » (pages 58-59). Ces quatre fonctions de la religion n’en font qu’une en réalité. Nous ne maîtrisons pas le monde. Il nous paraît un chaos que nous ne pouvons ni expliquer ni dominer. Pour « mettre bon ordre » à cette confusion, nous « feignons d’en être l’organisateur ». C’est-à-dire que nous donnons forme à l’informe. D’où les hiérarchies, les ordres, les classements des humains en catégories, par genre, par âge, par métier, etc. Tout ceci dans le plus grand arbitraire. Mais le système fonctionne à partir du moment où l’on y croit. Souvent la peur de l’autorité conditionne notre « conviction ». La structure paraît une logique, la logique tient lieu de référence, la référence devient symboles, codes, rites. Nous « obéissons » aux rites comme s’ils avaient un pouvoir sur nous. Une Constitution, de ce point de vue, n’est qu’un totem.

   De fait, tout en feignant d’être l’organisateur du monde, nous l’organisons bel et bien. Dieu n’avait rien prévu, et les structuralistes qui croient à des structures innées, préétablies, comme d’avant la conscience, n’y ont vu que du feu. Ce monde, tel qu’il est ─ mal fichu, de bric et de broc ─ est bien le nôtre. Nous nous y sommes longtemps contemplés, nous ne nous y reconnaissons plus. Quelque chose a cloché dans notre belle construction. Les dieux se sont écroulés les uns après les autres. Nos principes et nos valeurs vacillent. Nos certitudes se craquellent.

   Dieu est la forme des formes. C’est un gabarit.  Il est toujours aisé de donner du sens à une forme. Ce statut est le moins contraignant qui soit. Il est à la limite entre l’existence et l’impossibilité d’y accéder. Les athées s’en contentent. Les croyants demeurent toujours insatisfaits. 

* Éditions CoolLibri, 2026.



 

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