Instagramisation
Scroll audio
Les réseaux sociaux nous ont habitués,
hélas, à un défilé d’images frénétiques pour clients hallucinés : des
séquences extrêmement brèves, agitées, sans liens, à la cohérence douteuse.
Voici maintenant que les médias sonores ─ la radio, les podcasts ─ s’alignent sur
ces mauvaises pratiques. Phrases interrompues, inachevées, cadence de la parole
accélérée, bribes de dialogues, un salmigondis bruyant insupportable. Essayez
de fixer votre attention un instant, trop tard, le bonimenteur est déjà passé à
autre chose. Faute de pouvoir mémoriser quoi que ce soit, le même bonimenteur
conclut : « ce qu’il faut retenir de l’actualité », et il
vous présente le résumé du condensé qui précède…
Ce qui est déjà fatigant, voire accablant, avec des images, l’est encore
plus avec du son. Car l’écoute demande du temps, elle fonctionne sur la durée.
La rétention de l’image dans la rétine est de 1/18 de seconde. On peut ainsi
enchaîner 22 images à la seconde pour avoir l’illusion du mouvement. C’est le
cinéma ! L’oreille est capable de « performances » bien plus fines.
La persistance
auditive est d’environ 0,1 seconde (100 millisecondes). Mais sommes-nous
capables de mémoriser tout ce que nous captons ? Évidemment, non. Le
mélange des sons se fait « naturellement » dans le cerveau, et c’est
ainsi ─ ô
merveille ! ─ que
nous percevons des accords, des harmonies, toutes les subtilités délicieuses de
Mozart.
La musique a besoin de temps pour
s’étaler, pour jouer des rythmes (accélérés, ralentis), pour
« respirer ». Le premier mouvement de la 5ème symphonie de
Beethoven (pa, pa, pa, paaam !) dure autour de 7 minutes et demie.
Exécuter le même morceau en 3 minutes 15 secondes, et il ne reste plus rien.
C’est à un tel lavage (broyage) de cerveau que les médias nous entraînent.

Commentaires
Enregistrer un commentaire