Des religions
Dolorosa
Il est souvent admis que la religion est
consolatrice. Je doute que cette justification soit suffisante. J’avais
écrit dans Qui dit-on que je suis ? Le mystère Jésus :
J’ai
beaucoup d’admiration pour Boris Cyrulnik, mais quand il
« explique », dans Psychologie de Dieu, que le
« sentiment religieux » vient de ce que nous avons toujours besoin
d’une « figure d’attachement » pour nous rassurer et que si nous n’en
trouvons pas, nous l’inventons, je ne peux pas le suivre. On n’invente pas Dieu
pour se rassurer. Ou bien celui que l’on invente n’est pas autre chose
qu’une idole. Bien que cette opinion soit coutumière et que l’idée d’un Dieu
compensatoire de nos terreurs soit largement répandue chez les incroyants,
Boris Cyrulnik transforme un peu vite Dieu en super-doudou.
Ce qui me paraît incongru par rapport à
l’idée de « consolation », c’est de constater le raffinement du
catalogue des sacrifices, le culte de la douleur et autres tortures qu’on
trouve dans toutes les religions. Les pratiques religieuses sont souvent
violentes, jusqu’aux flagellations volontaires des chiites, mais ils ne sont
pas les seuls. « Si
la souffrance avait quelque puissance par elle-même, le centre de la rédemption
serait l’enfer. » La citation est du Père Georges Finet, prédicateur.
Offrir sa douleur à Dieu, c’est lui présenter un cadeau empoisonné, c’est lui
offrir ce qu’on déteste le plus.
L’iconographie
exaltant un Christ agonisant est plutôt tardive. Cette tradition correspond à
la « resacralisation » du christianisme, commencée au Moyen Âge et
« embellie » au XIXe. C’est ce que j’appelle, après Girard, le
christianisme sacrificiel. Certes, ce langage sacrificiel n’est pas que religieux,
il est banal (comme le mal). Toute cette religiosité pourrie, exacerbée par les
puritains et les bigots du XIXe siècle, est écœurante. Les religieux ont
parfois ce culot de venir justifier le pire ! S’il s’agit de se fabriquer
une idole consolatrice, pourquoi tout cet attirail mortifère ? Ma réponse
est : pour camoufler l’énorme mensonge que cela représente. Et il faut
beaucoup de tromperie pour justifier l’innommable ! Les fabricants de
religions sont des artisans bien balourds par comparaison avec Paul de Tarse ou
Augustin d’Hippone.

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