Éducation
Le devoir de transmission
Tout est chaos. Le désordre est la règle. La règle est
l’exception. L’homme ne flotte pas
béatement entre deux infinis symétriques, en équilibre parfait entre le grand
tout et le presque rien, il est une aberration aux confins d’un tourbillon cosmique
auquel il ne peut se mesurer sans frayeur. À cause de sa faiblesse, il a besoin
de se rassurer. Aussi invente-t-il du sens à partir d’expériences
approximatives dont il prétend qu’il peut tirer une logique. Qu’il soit
animiste ou déterministe, qu’il croie aux esprits ou aux lois, il se sent
investi du devoir de mettre de l’ordre dans le paysage et d’instaurer une
hiérarchie entre les habitants de sa planète. Tout homme est un peu jardinier
ou militaire...
Attaché par nature à l’instabilité de
l’univers, incapable de durer lui-même plus de quelques décennies, l’être
humain n’a que sa culture pour se donner des
repères. Il a sûrement moins besoin de sens que de signes, de marques,
de cartes de géographie. Philosophe, il s’étonne qu’il y ait quelque chose
plutôt que rien. Naïf, il se contente de ce quelque chose alors qu’il se sait
environné de n’importe quoi. La vraie merveille c’est qu’il y ait quand même
quelque chose à comprendre plutôt que rien. L’homme, allez savoir pourquoi, est
tellement avide d’explications que la première forme stable venue le rassure.
C’est prodige que, malgré cette pesanteur, il choisit de s’en remettre à
l’algèbre plutôt qu’à la numérologie quand il veut construire un pont !
Est-ce aussi par vanité, ou pour entretenir
son illusion de durer, qu’il se donne tant de mal pour transmettre son fragile
savoir à des cerveaux vierges et capricieux ? A-t-il seulement idée de la
dérision d’une telle ambition à l’heure où tout savoir est si vite obsolète ?
Malgré cela, rien ne semble le décourager.
Introduction de mon essai Le Maître des désirs.

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