Intelligence Automatique
Compose-moi une musique
Tous les corps de métier s’affolent, à tour de
rôle, devant l’envahissement incontrôlé de l’IA. Les journalistes savent qu’ils
sont déjà remplacés par des pigistes virtuels capables de rédiger des articles,
paraît-il, aussi bien écrits qu’eux, et surtout, surtout ! à moindre coût.
Même la presse dite « sérieuse » y a recours. Les écrivains traquent
leurs congénères pris en flagrant délit de plagiat et les plus pessimistes nous
annoncent la fin de la littérature. Les mathématiciens (eux aussi), dont de
prestigieux médaillés Fields, s’inquiètent des capacités accélérées de l’IA.
Cécric Villani annonce que ce que la machine résout en un temps record
« représente » le travail de deux années d’un doctorant à
l’université. Qui a encore envie de se lancer dans des études épuisantes dans
de telles conditions ? Et en même temps, si la recherche s’arrête, où
allons-nous ? Crise du désir.
Une
application me rassure (un peu). Demandez à l’IA de composer une musique, même
complexe, en lui donnant une tonalité, un tempo, voire un début de mélodie,
comme : pa, pa, pa, sur deux notes (Symphonie n° 40 en sol mineur de
Mozart). Elle va évidemment s’exécuter, au plus vite. Pour quel résultat ?
Pour quelque chose qui ressemble aux musiques d’accompagnement des
documentaires télévisuels ou des publicités. C’est du remplissage informe, sans
émotion, vite ennuyeux. On ne s’en rend pas toujours compte parce qu’en
regardant la vidéo, on néglige de tendre l’oreille sur la bonde son. Fermez les
yeux de temps en temps et vous découvrirez un bloubi boulga sonore indigeste
pour l’oreille1.
Ce que je
perçois, moi, petit musicien, doit susciter le même rejet de la part des
spécialistes des autres disciplines qui voient leurs travaux pillés,
vandalisés, déformés, caricaturés.
Un geek très proche de moi ─ eh oui ! je fréquente aussi des geeks ─ m’assure que d’ici cinq ans, l’IA pourra traduire Shakespeare de façon « bluffante »2. Ceci prouve 1) qu’il n’a jamais lu Shakespeare, 2) qu’il est malveillant à mon égard, 3) que sa prévision est une pure « croyance ». L’IA, c’est de la magie. Ses adeptes sont des superstitieux. J’attends qu’on me prouve que je me trompe. J’attends aussi que la bulle IA explose. La société Anthropic veut faire son entrée Bourse, à valeur de 1 500 à 2 000 milliards de dollars. Or, elle est encore déficitaire : perte de 80 milliards de dollars sur les six premiers mois de l’année [source : La Tribune]. Est-ce qu’en explosant, cela fera un joli feu… d’artifice ?
1 Expression immédiatement corrigée par le relecteur IA comme impropre.
2 Le problème des concepteurs de l’IA, c’est qu’ils
ne savent faire que ça : « fabriquer » de l’IA, de
l’Intelligence Automatique. Ils confient Shakespeare à la machine, et puis
quoi ? Ils ne comprennent déjà pas le texte qu’ils ont livré à la
traduction. Que comprennent-ils de la traduction elle-même ? Comment
évaluent-ils le passage du texte de départ au texte d’arrivée ? Par
rapport à l’intelligence vraie, sans majuscule, l’intelligence dans toutes ces
dimensions, il leur manque beaucoup de fonctions, beaucoup de capacités, ils en
ignorent toute l’étendue, tous les territoires. Ils ont réduit toutes les intelligences
à l’Intelligence au singulier, et ce singulier les enferme dans une
prison, comme ils enferment « nos intelligences » dans des Data Centers, les
camps de concentration de la pensée humaine.

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