Shakespeare

 

 

Plagiaire 

Les Deux nobles cousins est une pièce posthume de Shakespeare. Elle date des années 1612-1614, période à laquelle Shakespeare s’était retiré à Stratford. Elle est reconnue comme étant largement écrite par John Fletcher, ancien collaborateur du dramaturge. Il est possible que Fletcher ait connu suffisamment son maître pour pouvoir écrire « comme lui », presque comme lui. Les cousins ressemblent aux frères des Deux Gentilshommes de Vérone et de Tout est bien qui finit bien… mais de loin.

   Certains passages font penser à Shakespeare : 

Palamon.            ’ Tis in our power ─
Unless we fear that apes can tutor ’s
─ to
Be masters of our manners. What need I
Affect another’s gait, which is not catching
Where there is faith? Or to be fond upon
Another’s way of speech, when by mine own
I may be reasonably conceived
─

 PALÉMON. ─                  Il est en notre pouvoir ─

À moins de craindre que des singes ne soient nos maîtres ─

D’être les maîtres de notre comportement. À quoi bon

Imiter les allures de quelqu’un d’autre si l’on ne distingue pas

Lequel est le plus fidèle ? ou de s’enticher

Des manières de parler de quelqu’un d’autre quand,

     en restant moi-même,

Je peux me faire parfaitement comprendre…

                                                               I, 2, 46-52 

   On dirait du grand Will. Fletcher connaît son Shakespeare par cœur. Mais il y a trop de faiblesses d’écriture : les personnages se décrivent et agissent peu, le scénario est pauvre et les enjeux quelconques. Les hésitations d’Émilia, comme si elles avaient été écrites AVANT les Deux gentilshommes de Vérone et la Comédie des erreurs, ne tiennent pas : 

Emilia. O, who can find the bent of woman’s fancy ?

                          […] What a mere child is Fancy,
That, having two fair gauds of equal sweetness,
Cannot distinguish, but must cry for both.

 ÉMILIA. ─ Qui peut comprendre le désir d’une femme ?

                         […] Le désir n’est qu’un enfant :

Devant deux beautés d’égale douceur,

Il ne peut pas trancher, il pleure pour avoir les deux. 

                                                   IV, 2, 35-57

   Faux mimétisme, faux double bind, faux jeu des doubles. Et le plagiat de ‘Love is a Babe’ (sonnet 15) est raté. Le plagiaire connaît toutes les virtuosités de Shakespeare, mais il s’en sert maladroitement.

   Dans la nature, même deux feuilles du même arbre ne sont pas semblables.

 

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